Respectez le dress-code d’Alonso !

 

Parce que le dernier billet d’Isabelle Alonso, c’est un peu du « je veux continuer à parler plus fort que les autres sur tous les sujets » combiné à du « je suis tellement quelqu’un de bien (mieux), pourquoi ne le vois-tu pas pendant que je te marche dessus » en mode WTF vs JokeOfTheDay. Du lourd en cadeau de fin d’année.

Principe du coup de clavier ICI

Réaction postée à chaud le vendredi 20 décembre à 23h25 sur ce groupe facebook et adaptée ici suite à la lecture du billet « Au nom des athées en string » d’Isabelle Alonso publié le même jour en réponse à l’article « Un tournant réactionnaire et nationaliste » de Morgane Merteuil et Rokhaya Diallo publié il y a 3 semaines dans Le Monde.

Il s’agit donc d’un coup de clavier, pas une thèse de doctorat, sur uniquement un texte qui m’a mise de mauvaise humeur. C’est écrit sur le coup, au feeling, à l’arrache, tard (3h du mat’), pas dans un langage précieux. Une réaction spontanée. C’est le principe.
J’amalgame pas mal Alonso aux féministes ciblées par Diallo et Merteuil, elle a décidé d’être leur porte-parole du jour…  Mon ton n’est pas des plus bisounours, ça a été écrit sur le moment. Je vous invite donc à aussi lire les deux articles cités ci-dessus et à vous faire votre propre avis, comme toujours. 😉

Respectez le dress-code d'Alonso !

Perso, je ne sais pas par où commencer sérieux.

On parle de la visibilité et la légitimité de la parole et de sa source. Si on lit l’article sans savoir ce qu’il y a derrière, on pourrait presque croire que ça coule de source. Seulement, ça fait longtemps que pas mal de femmes, féministes ou pas, se plaignent. Pour ne prendre que les prostituées et femmes musulmanes, elles disent qu’elles veulent des alliées, pas des personnes qui les infantilisent et parlent à leur place. Mais le message ne passe pas, ou plutôt n’est pas accepté.

Pour ne prendre que quelques (ok, presque tous, il y a trop de matière) passages du billet:

« Je suis une femme et rien de ce qui concerne les femmes ne m’est étranger. Evident ? Pas pour tout le monde. Rockaya Diallo et Morgane Merteuil ne sont pas de cet avis. Elles contestent le simple humanisme de cette assertion. Chaque femme devrait rester dans sa case, et ne parler que d’elle, si je comprends bien le sens du papier qu’elles ont signé ensemble, fin novembre, dans le Monde. »

-> C’est un peu du foutage de gueule. Elle fait partie de celles qui peuvent être entendues sur tous les sujets alors que les minorisées sont entendues que sur des sujets de minorités. Elles ne sont que des cas particuliers qui parlent de cas particuliers. Une chose qu’elle ne connaît pas, si ce n’est peut-être par rapport à son statut de femme uniquement, tandis que Diallo et Merteuil accumulent

« Sachant qu’on peut être musulmane et pas prostituée, pas musulmane et prostituée, à la fois musulmane et prostituée ou ni musulmane ni prostituée, on peut se demander quel cheminement mental a pu occasionner la composition du curieux tandem qui a rédigé ce texte. C’est tout simple. Il s’agit, une fois de plus, une fois encore, quitte à allier deux éléments incongrus, de vilipender la féministe, ce repoussoir universel qu’il convient de contester pour tout et surtout pour rien. »

-> Vous remarquerez que quand Merteuil et Diallo s’expriment, c’est uniquement en tant que, respectivement, prostituée et musulmane (ce qui est « drôle » car Diallo a signé « journaliste et auteure », pas « journaliste et auteure musulmane »), sûrement pas en tant que féministe vu que c’est elle. Elle est neutre elle, LA féministe, la vraie. Non mais en plus des minorisées se permettent curieusement de s’allier et de travailler ensemble, mais où va-ton bon sang ! Quelle incongruence ! Vous noterez également qu’on est en présence d’un procédé similaire à celui du discours dénoncé par Merteuil et Diallo. Ce discours qui, sans le dire clairement, refuse de reconnaître les personnes qu’il désigne, prostituées ou femmes voilées, comme les égales des femmes/féministes qui les prononcent : «Renvoyant les prostituées comme les femmes voilées à une altérité indépassable, ce féminisme condescendant refuse de considérer ces femmes comme les égales des femmes blanches, non musulmanes, non prostituées.»

« Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas ciblé la bourgeoise, la blanche, la privilégiée qui se sent supérieure et qui, condescendante, arrogante, s’octroie le droit de décider pour les autres, les non-blanches, les prostituées, les musulmanes et de sauver malgré elles ces pauvresses qui ne leur ont rien demandé. »

-> Euh, citer ce qui est reproché sur un ton « enjoué » dans le but de le discréditer n’est pas un argument. Just saying. Essaie encore pour voir. Et sinon, il n’est pas reproché d’être bourgeoise, blanche et privilégiée et personne ne vous demande de changer, ça c’est dans votre tête. C’est à partir du moment où la suite de la phrase se confirme que ça foire grave, que les différences de privilèges et discriminations, de légitimisation et invisibilisation sélectives s’expriment violemment et divisent.

« Au fait, vous autres qui avez accès aux colonnes du Monde, aux micros et aux caméras, à quel titre prenez vous position au nom de ces femmes pauvres dont la caractérisque première, en plus de la misère et la précarité, est d’être réduites au silence, à l’éternel et assourdissant silence des damné-e-s de la terre ? »

-> C’est l’hôpital qui se fout de la charité. C’est vrai quoi, elle, la visibilité, elle n’a pas connu la pauvre. J’ai envie de lui rappeler que s’il n’y avait pas au moins ces personnes et toutes les autres pour s’exprimer sur les sujets respectifs, on aurait juste les mêmes personnes, celles déjà régulièrement visibles et légitimées, qui donneraient leur avis sur tous les sujets. Qu’il y ait plus de voix de personnes concernées audibles et lisibles, c’est tous ce qu’elles demandent hein. C’est un peu beaucoup un point crucial de l’article. Donc oui, ce n’est pas forcément la plus précarisée des précaires qui aura le temps de mettre de côté sa (sur)vie et une condition suffisamment safe pour aller montrer sa gueule, mais c’est déjà bien mieux que de n’avoir droit qu’à la visibilité des privilégiées (situation privilégiée par rapport au sujet abordé). On pourrait également croire qu’elle sous-entend qu’il n’y a que ces deux personnes qui ont de telles positions, qu’il n’y a personne derrière portant une réflexion similaire (oui, les autres n’existent pas… l’invisibilisation tousssa tousssa c’est bien elle qui la crée). Mais on y revient plus tard.

« Je le dis tout net, je me suis sentie visée par votre prose. En tant que femme féministe à peu près blanche, non musulmane et non voilée, je l’ai pris perso. Où suis-je donc allée chercher le droit de me considérer personnellement impliquée par le port du voile ou l’exercice de la prostitution, au point d’émettre une opinion sur les sujets, alors que je me balade cheveux au vent même quand il pleut et que je baise gratis pour peu qu’on m’invite à dîner ( naan je déconne, attention, humour, en fait une coupette suffit !). Une privilégiée capillaire et une free du frifri qui se prend à avoir une opinion sur ce qu’elle ne pratique pas, c’est tout moi. Non mais de quoi je me mêle! C’est vrai kouâ, merdre! »

-> Passage obligatoire par la case « c’est moi la victime, on grignote mon espace ». Non mais c’est bien qu’elle se sente impliquée. C’est quand même le but, qu’on se sente toutes impliquées par le sort de toutes les femmes. Sauf que là elle prend mal le fait que plus de place soit demandé, c’est-à-dire celle qu’elle et d’autres prennent ou n’aident pas à créer tout en se disant alliées et solidaires, pour les personnes encore plus impliquées qu’elle, c’est-à-dire celles qui vivent la situation en question. Je ne sais même pas s’il est nécessaire de commenter. Comme elle est en mode victime par tous les temps et par tous les sujets, elle ne se dit pas un instant que l’accès aux droits et à la parole peuvent être plus précaires voire inexistants pour d’autres. Non, elle a l’indécence, string ou pas, de réclamer plus de visibilité à celles qui en ont moins qu’elle. C’est magique. En fait, au vu de votre texte, vous avez bien raison de vous sentir visée.

« Le niveau de conscience politique a sombré dans les méandres du tout-psychologique, des communautarismes, de l’à-peu-près et du prêt-à-penser, et on accorde plus d’importance à la source du message qu’au message lui même. Meilleur moyen de s’agiter sans que jamais rien ne bouge. »

-> Le mot est lâché: COMMUNAUTARISME. Ce mot bien souvent utilisé à mauvais escient pour invalider la parole d’un groupe de personnes, ces gens qui empêcherait la mixité. Fermez un instant les yeux et pensez aux personnes qui ont prononcé ce mot avec le même dédain… Ouaich, pas forcément des personnes que nous portons dans notre coeur. Faut-il ré-expliquer la notion de mixité/non-mixité et son utilité ? A une féministe ?(???) Sinon, au sujet du communautarisme (« communauté » ne fait pas assez peur), il peut, en réalité, être essentiel, car il permet aux membres de redéfinir les problématiques les touchant (alors qu’elles sont bien souvent ignorées, énoncées selon la parole dominante et/ou manipulées), leurs revendications, et ce, d’abord, entre elles. Cela permet donc une conscience collective et une visibilité de leurs vécus, raconté par elles (j’en parle d’ailleurs pour l’Invisibilité Lesbienne). Il est ensuite possible de pousser des revendications concertées (multiples ou unanimes) depuis l’intérieur ou l’extérieur de groupes mixtes. Alors je ne sais pas si le terme « communautarisme » se prête à la situation mais si les mécanismes de prise de parole sont similaires pour la situation actuelle, c’est plutôt une bonne chose. Au moins, s’il elle se lance sur le communautarisme, elle ne peut plus dire qu’il n’y a personne derrière. Il y a forcément des gens dans une communauté communautariste. Et puis pardon mais le « rien ne bouge » ? C’est surtout que ça ne bouge pas dans le sens qu’elle voudrait. Mais non, ces gens communautaristes sont évidemment des moutons du prêt-à-penser. Of course. Reprocher un prêt-à-penser aux premières concernées, celles qui vivent quand même la situation sur le terrain quoi, alors qu’elle a une approche assez réductrice sur ces sujets qu’elle ne vit pas, c’est un peu énorme. En ce qui concerne la source et le contenu du message, elle se plante encore. Premièrement, le contenu du message est indissociable de la source (ex trash: si Zemmour se prononçait pour l’égalité des droits, comme vous je ne pourrais m’arrêter au contenu du message). Deuxièmement, le contenu du message joue un rôle important dans notre perception de la personne qui le porte. Donc non, le contenu du message n’est pas relégué au second plan. Et oui, c’est le contenu de votre message qui me dit que vous n’êtes pas mon genre et qui leur signale que vous n’êtes pas leur alliée.

« Je confirme donc, puisque ça a l’air nécessaire, que toutes les religions, (y compris l’Islam, n’en déplaise à Rokhaya), oppriment les femmes.[…] Je confirme que la prostitution est une forme de viol. […] Je confirme qu’en tant que femme je me sens violentée par l’existence même de ces barbaries quand bien même elles ne s’exercent pas directement sur moi. Et je me sens solidaire par chaque fibre de mon être avec toutes les femmes atteintes personnellement. »

-> Si vous refusez d’être sauvée selon le mode d’emploi d’Alonso, c’est-à-dire devenir une athée du string comme elle, seul état d’émancipation vu que c’est le sien, vous contribuez au fait qu’elle se sente violentée. Tout autre stratégie d’émancipation ou de survie est invalide et invalidée. Vous n’avez pas à chercher à améliorer vos conditions dans le contexte que vous vivez, la seule et unique attitude acceptable est d’en changer tout simplement, aucune autre considération n’est nécessaire. Vous êtes donc coupable, le statut de victime est passé dans l’autre camp en un claquement de doigt sans qu’aucune condition de vie n’est été changée. Et on ne peut être solidaire des coupables même si elles sont atteintes personnellement. Oui ça se mord la STOP (merde, j’allais griller mon statut de phallocrate sous couverture). Ce qu’Alonso veut nous dire c’est qu’elle est solidaire des victimes qui peuvent et veulent (même si elle ne le savent pas encore) être sauvées à sa méthode. Une solidarité conditionnelle donc. Mais aussi une différence de traitement. Car tandis qu’Alonso crie qu’elle veut pouvoir continuer à donner son opinion universelle, elle ne se dit pas que dans sa grande solidarité, elle refuse que la liberté de conscience ou le droit d’exercer une activité dans de meilleures conditions s’appliquent aux musulmanes voilées et aux prostituées. De plus, le droit fondamental et essentiel de disposer de son corps n’est plus valable pour les coupables. On est face à un refus total de l’agentivité de ces femmes. Elles doivent être infantilisées pour avoir des droits, sinon c’est niet. Il faut forcément que des personnes qui ne partagent pas leur condition, et donc plus qualifiées de par leur évidente objectivité, leur montrent, leur expliquent les enjeux qui les concernent parce qu’elles ne savent pas elles-mêmes ce qu’elles vivent malgré toute la réflexion développée. Ce sont des victimes coupables de s’allier à l’oppresseur. Ce sont des coupables victimes de l’oppresseur. (Un oppresseur qui est dénoncé avec force lorsqu’on le désigne comme étant l’autre (proxénète, intégriste/terroriste) mais qui disparaît des radars quand il est institutionnalisé (respectons l’ordre) comme le souligne Diallo et Merteuil). Dès lors, leurs discours, leur légitimité et leurs stratégies servent soit l’intégrisme soit le proxénétisme voire la traite et sont par conséquent invalides et invalidés. Et dans tout cela, Alonso se présente donc comme une guerrière silenciée, qui n’est pas écoutée, pour ensuite crier à nouveau son avis, un point de vue si peu entendu et si peu relayé… Oui, vous avez raison de faire un palmface. On empêche, oppresse Alonso lorsqu’on manifeste l’envie d’aussi écouter/lire autre chose que la pensée dominante, quand on veut essayer la parole des dominées pour changer, quelques soient leurs vécus (y compris les formes les plus violentes), leurs positions et leurs avis, parce que c’est d’elles et de leur vie dont il est « aussi » question. Je rappelle encore que Merteuil et Diallo ne défendent pas la prostitution et le voile mais les droits des prostituées et des musulmanes voilées. Rien ne justifie qu’elles aient moins de droits que les non-prostituées ou les non-voilées. J’entends et conçois bien qu’Alonso se sente violentée par l’existence de la prostitution et du port du voile, mais il est grand temps pour chacune d’entre nous de porter un regard sur notre vécu et ressenti par rapport à ces deux sujets sans prendre la parole à la place des femmes prostituées ou voilées.

PALMFACE 01

« Je confirme que non musulmane et non prostituée, je rejette TOUT ce qui m’enferme, réellement ou symboliquement, dans un statut de dominée que je n’ai pas choisi et qui me pèse à chaque instant. »

-> Et c’est très bien. A part ça, elle ne se dit pas qu’elle enferme aussi d’autres dans un statut de dominée par son attitude (c’est un peu le sens de leur article quand même) ? Ah non, ce sont les autres qui pratiquent le « moi je » (ça c’est le sens qu’elle a compris), pas elle. Quelqu’une peut lui dire que son expérience pourrait ne pas être universelle ? Faut surtout pas se poser de question.

« Il y a d’autres violences, d’autres injustices, innombrables et quotidiennes? OUI. Et je les récuse tout pareillement. Et depuis des années. »

-> Est-ce une menace ? Va-t-elle aussi exiger une parole absolue sur d’autres sujets ? Rho non. Je m’inquiète pour ma gueule de noire pan handie là.

« Que Rokhaya et Morgane veuillent bien me fournir la liste des sujets sur lesquelles ma parole serait légitime car issue d’une pratique personnelle et d’une expérience concluante. »

-> Il me paraît nécessaire de réexpliquer car elle est tellement touchée dans son statut de victime CDI temps plein que le sens des propos de Diallo et Merteuil semble complètement lui échapper : «Si l’oppression des travailleurs pauvres et précaires, les dommages physiques et mentaux infligés par la pénibilité du travail et les violences contre les femmes doivent être combattus, cela ne peut se faire sans la contribution des premier(e) s concerné(e)s.». Comment être plus claire ? Tu as envie de sauver les gens sans rien leur demander et ça, ça ne va pas dit. C’est vraiment tout simple. De la même façon qu’on peut refuser qu’il y ait prise de mesures relatives de près ou de loin au sort des femmes sans la présence des femmes dans les processus de choix et décision, il serait pas mal du tout d’éventuellement envisager de considérer qu’on pourrait, pourquoi pas, ajouter une chaise voire plus à la table pour que les premières concernées aient place. NOTHING ABOUT US WITHOUT US tousssa tousssa, c’est valable pour elles aussi. Il n’y a pas d’appel à l’exclusion, on n’est pas dans un jeu de chaises musicales où inclure une personne impliquerait d’en exclure une autre, mais bien un appel à la remise en question. Et travaillons à ce qu’il y ait plus de place pour les féministes, et non LA féministe.

« Et tant qu’elles y sont, qu’elles participent à l’élaboration des épreuves d’obtention d’un CAP de la pensée, Certificat d’Aptitude Personnelle à ouvrir sa gueule, ramener sa fraise et émettre une opinion. Elles pourraient faire partie du jury, ça a l’air de cadrer avec leur vision de la démocratie. Et m’assigner à ne m’exprimer qu’au nom des athées en string ? »

-> Je suppose que c’est le paragraphe « humour du jour » censé aider à discréditer par le rire. Pour le reste, je vais éviter de me répéter.

« Pas sûr que Marx, qui osa analyser la condition ouvrière sans aller racler le fond d’une mine, serait reçu. Il faisait de la politique et ça, par les temps qui courent, c’est dépassé, on dirait. »

-> Pardonne-la Marx, elle ne sait pas ce qu’elle écrit. Sinon, c’est sympa de constater qu’elle pense être parmi les seules en mesure de faire de la politique. Les victimes coupables et leurs paroles ne sont en rien politisées, non, elles en sont incapables et sont seulement récupérées. C’est que du business et du délire communautariste. Sauf que voilà… Demander à ce qu’on promeuve et se batte contre les lois discriminatoires qui vulnérabilisent les femmes concernées et qui les empêchent d’accéder à des droits égaux, c’est politique. Dénoncer la répression, la précarisation et l’exclusion de l’espace public ainsi que dénoncer les personnes et les mesures qui les encouragent, c’est politique. S’insurger contre une politique réactionnaire qui discrimine des femmes sous prétexte qu’elles sont trop ou pas assez vêtues et qui s’oppose à l’émancipation collective, c’est politique et hautement féministe. Et en effet, PAS BESOIN D’ÊTRE PROSTITUÉE OU MUSULMANE VOILÉE POUR FAIRE TOUT ÇA. Et en plus, on peut le faire ENSEMBLE.

Bon, je vais m’arrêter là, la distraction a assez duré, faut que je me remette à bosser. Sur le coup, son article m’est bien resté en travers de la gorge. Je n’écris pas dans l’intention de prendre le rôle de chevalière au secours de Morgane et Rokhaya, elle n’ont vraiment pas besoin de moi pour se défendre, mais d’exprimer mon profond désaccord et dénoncer cette attitude qui se présente comme LA position féministe universelle. Et quoi au final ? Bah rien, on est encore en train de discuter de kikélégitim pour ouvrir sa gueule avec des gens qui s’agrippent à leurs privilèges. Alonso s’accapare à nouveau une couverture, réaffirme son statut privilégié et nous offre un dénigrement condescendant le tout sans la moindre remise en question de sa position et sa représentation ni le début d’une discussion sur le fond de l’article de Merteuil et Diallo. Elle en profite pour assurer sa visibilité et celle de son opinion et invalider celles des autres. Ça fait réagir, et pas forcément avec de la bienveillance, parce qu’il est toujours impossible de faire comprendre, admettre, digérer qu’on puisse ne pas souhaiter être représentée par des ambassadrices qui méprisent les personnes à la place desquelles elles veulent parler ainsi que leurs droits. Dans la configuration défendue par Alonso, toute ambassadrice prostituée ou musulmane voilée qui défend les droits de celles qu’elles représentent est automatiquement disqualifiée. C’est aussi simple que cela. Le bilan n’est pas glorieux et beaucoup se diront que c’est une perte de temps, des guéguerres ridicules, qui ternissent et dont on peut se passer, sauf que c’est plus compliqué que ça, surtout quand on est la personne sous la chaussure. Il n’y a pas d’intérêt à se taper dessus, on est bien d’accord, mais il y a tout intérêt à se défendre quand on est piétinée et à soutenir celles qui le sont lorsqu’on en est témoin. Et c’est ce que tentent de faire Merteuil, Diallo et les autres. La prostitution et le port du voile peuvent avoir un impact plus ou moins indirect sur chacune d’entre nous, Merteuil et Diallo ne se sont jamais opposées à cette affirmation. Il n’empêche que s’exprimer sur son vécu et ressenti par rapport à ces deux sujets n’implique pas d’invisibiliser et parler à la place des femmes directement concernées, ni d’ignorer, voire se vanter, de la position privilégiée dont on jouit, ni de ne pas en tenir compte lorsqu’on se lance sur ces terrains, ni d’exclure une réflexion sur les attitudes qui font de nous des féministes solidaires en commençant par écouter les demandes des concernées. Compatir n’est pas pâtir. La solidarité commence par l’écoute de l’autre et donc la mise en retrait de soi le temps de l’entendre.

Vous avez réussi Isabelle Alonso, on vous a vue et entendue.

***

Léna résume en quelques tweets (à lire de bas en haut):

Léna tweets 01

Pour ne pas se quitter comme ça, je propose une fois de plus cette petite note positive que je n’ai pas: « Faisons-nous des bisous! » de Clemmie Wonder.

Pour lire un vécu relatif à la prostitution, je vous propose de parcourir le blog Mélange Instable de Salomée. Vous y trouverez notamment « Pourquoi et comment j’ai viré anti-abolitionnisme« , « Vous n’êtes pas mes alliés« , « Ou comment le monopole du débat abolo vs réglo pérénise la silenciation des premières concernées (même et surtout quand elles ont des choses à dire…) » et bien d’autres articles.

Je vous invite également à lire, comme on en parle, « Les féministes, le voile et le string » de Crêpe Georgette.

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3 réflexions sur “Respectez le dress-code d’Alonso !”

  1. Pour répondre à sa connerie sur la prostitution (« la prostitution est une forme de viol ») (comme si toutes les formes de prostitutions pouvaient être englobées par ce joli mot), je dirais pour ma part, que toute relation hétérosexuelle me semble un viol, alors autant que ce soit fait de façon rémunérée… Je ne prétends pas à l’universalité, je sais que c’est un point de vue, et donc forcément subjectif. Mais la seule manière acceptable où je pourrais baiser avec un mec cis’ serait de me faire payer!

    Pour le débat sur le voile (oulala, je me lance), je ne vois pas en quoi le string serait moins oppressif que le voile.

    Je crois que cette Alonso que je ne connaissais pas avant de lire cet article ferait bien d’écouter ce que les non-universitaires ont à dire.

    Celle-ci par exemple:

    ou bien celle-là:

    ciao!

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