…et les lesbiennes ?

Principe du coup de clavier ICI

Un petit coup de gueule (?) en passant (ce blog est en re-construction), écrit d’une traite, parce que ça me travaille depuis des mois et que ça en est arrivé à un point où ça m’irrite méchamment. Rien de très construit mais l’idée est là. J’arrangerai le truc un jour. Les fautes tousssa tousssa. Si j’ai le temps. Ou pas. Je m’en fous un peu. Carrément. Blasée.

...et les lesbiennes

Quand j’étais jeune, c’est-à-dire l’automne dernier, j’avais fait une intervention sur l’invisibilité des lesbiennes, ou plutôt de leurs revendications. J’avais été soft, essayant de concilier le tout et de ne pas prendre trop de place. Genre « trouvons des ♥solutions♥ ». Là j’ai limite envie de tout réécrire. Mais bon, tout est ICI. Je ne vais pas me répéter, pour ce que je répéterais.

Autre chose, avant même de commencer, j’ai envie de dire « ta gueule ». Ça s’adresse aux personnes qui voudraient utiliser cet article pour dire que les lesbiennes et les gays n’ont rien à faire ensemble. Comme d’autres articles peuvent être instrumentalisés pour faire croire que les lesbiennes n’ont rien à faire avec les féministes hétérosexuelles. Sexisme, homophobie, hétérosexisme ET lesbophobie en bonus, tout en un, you see the picture ? Voilà, comme ça c’est fait. Donc c’est pas toi qui décides, on t’a rien demandé. Ça me les noue.

Donc, ça s’adresse en fait à pas mal de mecs gays qui éprouvent un minimum d’engagement comme ceux qui sont impliqués jusqu’au cou. C’est une énième réaction qui me pousse à écrire ce coup de gueule. Une fois de plus, on justifie l’invisibilisation des revendications lesbiennes, des intérêts lesbiens et des lesbiennes tout cour par leur absence. On ne justifie pas une absence par cette absence elle-même. C’est le monde à l’envers. En vérité, c’est une manœuvre qui légitimise l’absence de solidarité par l’absence des lesbiennes qui est elle-même non questionnée. Une façon de se laver les mains.

Si vous vous souciez un minimum des lesbiennes, genre vraiment, si vous êtes réellement solidaires, comment se fait-il qu’elles disparaissent tout simplement de votre vocabulaire lorsque des enjeux importants sont mis sur la table ? Si vous vous souciez vraiment de la place des lesbiennes dans les mouvements et les organes décisionnels, pourquoi ne vous posez-vous pas la question du POURQUOI de leur absence au lieu de simplement constater et en déduire qu’on ne peut rien faire sur les sujets qui les concernent tant qu’elles ne sont pas là tout en tenant à porter le label LGBT/QI ?

Ça me tue. Ouais ça me tue parce que, de un, je tiens aux alliances mais parfois elles semblent intenables ou factices, et, de deux, quand on met cela en avant cela est vite considéré comme une attitude négative de division alors qu’il s’agit de déballer pour travailler à une vraie inclusion.

Je vais illustrer cette flagrante différence de traitement par un exemple qui je sais ne va pas faire plaisir mais au point où on en est, je m’en balance. Parlons du don de sang. Parlons plutôt de l’exclusion définitive des HSH du don sang e Belgique. En Belgique, si un homme reconnaît lors de l’interview précédent le don de sang qu’il a eu une fois dans sa vie une relation sexuelle avec un homme (quelque soit cette relation sexuelle), il est exclu à vie du don de sang. Ceci constitue une discrimination. Cette procédure est basée sur des statistiques. Toutes les exclusions sont basées sur des statistiques. La Belgique ne manque pas de dons et la Croix Rouge a donc le luxe de pouvoir se permettre de se baser sur des statistiques plutôt qu’un vrai questionnement. Donc, un homme ayant eu une fois dans sa vie une relation sexuelle avec un autre homme est exclu à vie pas par nécessité mais par confort statistique. Une discrimination qui a des effets au-delà du don de sang. C’est aussi une discrimination symbolique et institutionnalisée qui permet de garder en place toutes sortes de préjugés. C’est un sujet portés par beaucoup d’associations et par beaucoup tout court. La revendication de l’accès au don de sang pour les gays, bisexuels, HSH. Et on peut constater une solidarité sur ce sujet. La dénonciation de ce lieu d’expression de l’homophobie portée comme revendication LGBT qui dans les faits directs concernent surtout les gays et les bisexuels. Cela dit, l’exclusion du don de sang ne met pas directement en danger ou en précarité les personnes visées. Ce qui est le cas de la santé lesbienne. L’absence d’intérêt pour la santé des lesbiennes et l’invisibilisation des leurs intérêts dans les revendications et les prises de décisions a un impact direct. Pourtant, ce sujet peine ou n’est tout simplement pas porté collctivement. La solidarité n’est plus. C’est un problème particulier. Comme si la santé gaie était, elle, générale. De plus, dans les structures où il n’y a pas de lesbienne, il y a l’argument selon lequel c’est pour cette raison qu’il n’est possible de ne rien faire tout en se revendiquant LGBT/QI ou holebi. Un argument qui m’horripile. Il me semble qu’il est possible de s’informer, de chercher les revendications lesbiennes (Google tout ça) et de les relayer. Des lesbiennes ont travaillé ces questions, nier ces apports est inacceptable. Ne pas faire l’effort de s’y intéresser un minimum est problématique. Cet argument s’accompagne souvent d’un renforcement du statu quo où on se contente de constater l’absence de représentation au lieu de se demander sérieusement pour quoi cette absence. Ça donne envie de quitter la table en courant ou de faire demi-tour au plus vite avant même d’avoir passé le pas de la porte. Voilà tout. Je n’accepte plus cette différence de traitement. Non mais sérieusement les gars ?!

Alors voilà, j’ai un conseil simple à appliquer qui devrait être un réflexe : et si on commençait par se demander « …et les lesbiennes ? », tout simplement, à chaque discussion. Il est même possible d’ »étendre » le délire et d’ajouter par exemple « … et les trans ? ». Dingue.

Faut-il rappeler… ? Bon je rappelle que nous sommes toujours dans un environnement politique, social, économique et culturel qui inclus des dynamiques de dominations telles que le sexisme, l’hétérosexisme et l’homophobie. Et la lesbophobie. Tout cela a un impact sur les comportements de santé tout comme la qualité des soins de santé mais aussi leur accès. Donc oui, rappelons l’impact du sexisme, de la lesbophobie et les dominations de genre sur la santé. Les luttes féministes et LGBT ont eu un impact sur notre société, du moins cet impact est toujours en cours, cela n’empêche que la hiérarchisation des sexes, des genres et des sexualités, pour ne parler que de celles-ci, sont toujours omniprésentes. La diversité et son acceptation est loin d’être aisée et cela a des conséquences sur la santé des lesbiennes. Il est connu que le sexisme a un impact sur la santé des femmes, que l’homophobie a un impact sur la santé des gays. La santé des lesbiennes est impactée par le sexisme, l’homophonie et la lesbophobie. La lesbophobie n’est pas une simple addition du sexisme et de l’homophobie. L’intersection de ces deux derniers produit quelque chose d’autre, de nouveau. Quelque chose qui est peu pris en compte. C’est une double discrimination et stigmatisation spécifiques mais aussi une discrimination et stigmatisation à part entière avec leur propre dynamique.

Il est important de tenir compte de la lesbophobie et non seulement que de l’homophobie ou du sexisme quand il s’agit des lesbiennes. Quand on parle de l’expression de l’homophobie, on la considère souvent en fonction des gays avec notamment la dévalorisation de leur masculinité et la brutalité physique à leur encontre. La question même de l’invisibilisation que subissent les lesbiennes n’est pas abordées tout comme la négation de leurs sexualités, leurs intérêts, leurs productions, leurs modes de vies. De plus, tout cela est régulièrement l’objet de récupérations par des fantasmes hétéronormés, hétérosexistes et masculins tout simplement parce qu’aujourd’hui encore on ne pense pas les lesbiennes et on ne les laisse pas se dire. C’est ça aussi cette invisibilité. Elles sont impensables, ou pensables qu’en fantasmes. Elles échappent à trop de normes, elles échappent au pensable, elles échappent aux principes masculins. Le concept même de lesbienne échappe à la maîtrise de la sexualité des femmes et ce qui ne peut être maîtrisé est nié ou réprimé. C’est dans tout cela qu’instrumentalisation et préjugés sont produits. Dans une vaste ignorance. Les impacts de tout cci ont des répercutions à tous les niveaux, qu’il s’agisse de l’individu ou du groupe/collectif, du privé ou du public, du micro ou macro. Il en résulte de nombreuses violences et discriminations de toutes sortes visant explicitement ou implicitement à remettre les lesbiennes en place, d’exercer le contrôle social.

Un cas pratique d’absence de solidarité : la santé lesbienne

Je voulais donner l’exemple de la santé sexuelle des lesbiennes car c’est le domaine d’action où j’ai été récemment confrontée à plusieurs reprises à l’absence d’intérêt et de solidarité.  Par santé des lesbiennes j’entends comme il est comun de le faire santé des femmes ayant des relations sexuelles avec les femmes et donc toute la diversité que cela évoque et qui est réduite à un seul terme. C’est loin d’être le seul sujet mais il est revenu très souvent étant donné mes implications.

Les pouvoirs publics en charge de la santé se sont beaucoup illustrés sur la question du VIH, y compris en direction des gays. Par contre, les lesbiennes n’ont jamais suscité cet intérêt. Il faut ajouter à cela qu’en termes de santé publique, on tend à réfléchir en termes de nombre ou de problème de santé publique jugés importants. Dans cette approche, les projets de santé à l’égard des femmes sont pensés comme incluant les lesbiennes, quand on y pense. Seulement, les mesures mises en place ne répondent pas forcément aux besoins des lesbiennes, tout comme des mesures générales à destination peuvent ne pas convenir aux gays.

Etant donné que les pouvoirs publics ou les grandes associations ne portent pas les actions à destination des lesbiennes, celle-ci sont souvent l’initiative et à la charge de personnes, groupes des femmes militantes et/ou sensibilisées. Parfois, il y a également des associations qui veulent y travailler et qui bénéficient rarement d’aide financière pour ce type de projet. Et les (la) rares association qui s’y dédient peine également à attirer l’attention sur les enjeux qu’elles mettent en avant. Vous comprendrez que cette approche est difficilement tenable sur le long terme. Il est très difficile d’envisager des projets importants de santé dans la durée sans ou avec peu de ressources financières et humaines. Une implication institutionnelle est souvent nécessaire mais absente. La fragmentation des compétences n’aide pas forcément. Les lesbiennes se retrouvent noyées dans des politiques universalistes où leur besoins spécifiques sont sacrifiées que ce soit pour les mesures et stratégies s’adressant aux femmes comme celles s’adressant aux homosexuel•le•s.

Ajoutons à cela que les investigations et recherches sur la sexualité font des gays une cible prioritaire, ce qui n’a jamais été le cas des lesbiennes. De sorte qu’on ne sache peu et s’intéresse peu à elles. Il y a peu d’enquêtes d’envergure dont elles sont le sujet. En fait, pour en apprendre plus, il faut souvent se tourner sur des enquêtes portant sur l’ensemble des femmes, l’ensemble des homosexuel•le•s et bisexuel•le•s ou encore la population générale. Ces donnée sont très importantes mais insuffisantes pour cerner ce qui concerne les lesbiennes, encore moins dans un contexte belge.

Pour revenir à la santé, les situations lesbophobes rencontrées dans les milieux médicaux ne sont pas rares. Si l’on prend l’enquête française sur la lesbophobie de SOS Homophobie (2008) on y apprend que 10% des répondantes ont été confrontées à de la lesbophobie dans le milieu médical. Parmi ces 10%, 44% citent des gynécologues, 22% des psychologues, psychanalystes et psychiatres, 16% des médecins généralistes, 15% des structures hospitalières, 30% des structures de dons de sang. Au vu de ces chiffres alarmant dans un pays voisin, il est temps de tenir compte des lesbiennes ici et d’en étudier les thématiques et problématiques qui les concernent, d’autant plus que des investigations québécoise et américaine et italienne confirment cette tendance. Il s’avère que l’homosexualité en tant que marque de non-conformité à l’ordre social dominant engendre un niveau plus bas de recours aux soins et une prise en charge conçue pour les femmes hétérosexuelles (voir « Pour une promotion de la santé lesbienne : état des lieux des recherches, enjeux et propositions »).

Actuellement, on peut constater et regretter que la santé des lesbiennes ne soit toujours pas une préoccupation des associations, des chercheurs•ses et des politiques. Il y a également une gros problème par le faible soutien financier, voire son absence totale. Les quelques informations existantes sont souvent pas ou peu adaptées aux réalités et besoins des lesbiennes. On note que l’information est souvent inspirée de la prévention VIH/SIDA et les réalités des gays en ce qui concerne la santé sexuelle. Cela est dû aux faibles ou l’absence de soutiens financiers et le fait que quand il y en a il est souvent destiné à des associations ou organismes qui se chargent à la base de la santé sexuelles des gays (mais sont parfois comprises comme ayant une compétence LGBT) ou des femmes hétérosexuelles. Toujours par manque de soutien financier et initiatives et recherches adaptées, les stratégies de prévention sont répliquées de pays en pays, d’associations en associations ce qui engendre un discours unique et des normes quant aux comportements de prévention mais aussi comportements et pratiques sexuelles. Des impératifs peuvent donc s’ajouter à ceux auxquels les lesbiennes sont déjà confrontées. Il faut une expertise spécifique pour une prévention adéquate. Mais cela ne s’arrête pas à la sensibilisation du public-cible. Les professionnel•le•s de la santé sont directement concerné•e•s. Leurs pratiques doivent être adaptées à la diversité des réalités. La présomption à l’hétérosexualité ainsi que l’hétérocentrisme et le sexocentrisme rendent plus difficile l‘accès aux soins et aux services de santé. Il leur faut davantage de formation et d’informations adaptées.

De plus, tout cela pousse davantage de pressions à une intériorisation de l’hétérosexisme et de la lesbophobie mais également à l’invisibilisation en plus des autres pressions déjà existantes. En effet, ce sont des stratégies adaptatives et des mécanismes d’anticipation et d’évitement des violences (verbales, physiques, symboliques, morales, privées, publiques, individuelles, institutionnelles etc.). L’auto-exclusion, l’auto-censure, l’hétérosociabilité forcée, banalisation des violences sont autant de stratégies pour justement éviter ces violences qui découlent du sexisme, de l’homophobie, de la lesbophobie et de l’hétérosexisme.

Les ateliers du pilier prévention lors de l’élaboration du plan national VIH lors du printemps dernier, où on a beaucoup parler d’IST, étaient l’occasion de mettre la santé des lesbiennes sur la table. Vraiment. Genre sérieusement. Lorsqu’on a demandé des recherches pour des données actualisées et plus précises des HSH, c’était l’occasion de demander de même pour les FSF. Lorsqu’il a été demandé une meilleure expertise pour des stratégies de prévention adaptées et efficaces, c’était le moment d’introduire les lesbiennes/FSF dans les publics à étudier. Lorsqu’on a évoqué la formation du personnel médical sur les réalités des HSH/gays, c’était l’occasion de mettre en avant toutes les lacunes en ce qui concerne les publics lesbiens, il y a tellement à faire. Lorsqu’on…

Il aurait suffit de se demander systématiquement « … et les lesbiennes ? » avant de clore l’affaire pour avancer. Mais non.

Personne n’a réagi quand le public lesbien a été relégué et avalé dans la catégorie public général en réponse à a question. Une invisibilisation pure et simple qui n’a dérangé personne. Pas de réaction des associations et organismes gays, holebi et LGBT/QI. La gamine novice pas prévue n’a pas osé l’ouvrir davantage.

Ceci n’est qu’un événement parmi tant d’autres qui tend à confirmer une attitude généralisée qui m’insupporte. On ne profite pas tou•te•s des acquis alors qu’il y a des possibilités. Tout cela suscite déception, amertume, et parfois rupture. Ça n’a rien d’agréable, au contraire, c’est très frustrant. Surtout quand tu a mis pas mal de ton temps et ton énergie.

C’est nul. C’est décevant. Et c’est trop tard pour le dire.

***

Je balance des liens à l’arrache sur la santé lesbienne, des liens que l’on trouve par simple petite recherche google toute basique:

Magenta : http://www.magenta-asbl.org/

Pour une promotion de la santé lesbienne : état des lieux des recherches, enjeux et propositions : http://gss.revues.org/951

Enquête sur la lesbophobie (édition 2014, premiers résultats): http://www.sos-homophobie.org/sites/default/files/plaquette_enquete_lesbophobie_2014.pdf

Enquête sur la lesbophobie (édition 2008) : http://www.sos-homophobie.org/enquete-sur-la-lesbophobie-edition-2008/enquete-sur-la-lesbophobie-edition-2008

Santé Lesbienne : Mythes et réalités : http://old.ilga.org/health/ILGA_Lesbians_Health_Myths_Realities_FR.pdf

Tomber la culote : http://www.sida-info-service.org/sites/sida/IMG/tomber_la_culotte/

Gouixx : http://polyvalence.ca/pdf/f/Gouixx.pdf

Les Klamydia’s : http://www.klamydias.ch/pdf/safe_sex_fr.pdf

Sappho : http://www.sante-plurielle.ch/fichier/sante_generale/sappho.pdf

Les L: http://www.lecrips.net/L/menu.htm

The Birds and the Birds : http://www.acon.org.au/sites/default/files/The-Birds-and-the-Birds-WEB2.pdf.pdf

Nous rendre visibles : http://www.sherbourne.on.ca/PDFs/BustingOutFinalFrench.pdf

Cancer de l’utérus, Cancer du sein : http://www.sante-plurielle.ch/fichier/flyers/cancer_du_sein3.pdf

Et puis la publication « Mouvements lesbiens : Ruptures et alliances » d’ILGA

Voili voilou fuck you.

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Une réflexion sur “…et les lesbiennes ?”

  1. Message reçu.
    Message demandé depuis juillet dernier.
    Fuck me as much as you want 🙂
    Thierry

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