Chandra Talpade Mohanty (I) – 3ème principe

[Lire l’introduction au préalable]

3e principe : Le(s) sujet(s) du pouvoir

Dans les neuf textes analysés par Mohanty, le statut ou la position des femmes sont supposés évidents, allant de soi, car les femmes préalablement constituées en tant que groupe sont placées dans différentes structures (religieuses, familiales, légales, économiques). Elles ont une identité de groupe unifiée et cohérente à travers différentes cultures, avant même d’être situées dans les interactions sociales. Cette focalisation sur la position des femmes selon laquelle les femmes sont vues comme un groupe unifié et cohérent dans tous les contextes, indépendamment de la classe et de l’ethnie, structure le monde en une binarité totale, en termes dichotomiques, où les femmes sont toujours vues comme en opposition aux hommes, le patriarcat est nécessairement une domination masculine et les systèmes religieux, légaux, économiques et familiaux sont implicitement considérés comme construits par les hommes. Le cœur du problème est la supposition initiale selon laquelle les femmes sont un groupe ou catégorie homogène, une supposition familière dans les féminismes radical et libéral occidentaux. C’est dans l’établissement de cette supposition dans un contexte d’écrits féministes occidentaux sur les femmes du tiers monde que Mohanty situe le mouvement colonial.

En se focalisant sur la représentation des femmes du tiers monde, ce que Mohanty réfère à une auto-présentation des féminismes occidentaux dans le même contexte, il semble évident que seules les féministe occidentales deviennent les vrais sujets de cette contre-histoire. De l’autre côté, les femmes du tiers monde ne sont jamais élevées au-dessus leur généralité et leur statut d’ « objet ». L’application, qui peut être efficace (ou non) en Occident, de la notion de femmes comme catégorie homogène aux femmes du tiers monde colonise et s’approprie les pluralités des situations simultanées de différents groupes de femmes dans des cadres ethniques et de classes. Cette catégorie homogène des femmes set constituées avant même d’être situées dans les relations sociales. De plus, les structures religieuses, familiales, légales et économiques sont traitées comme des phénomènes qui doivent être jugés par les standards occidentaux. C’est là que l’universalité ethnocentrique entre en jeu. Lorsque ces structures sont définies comme « sous-développées » ou « en développement » et les femmes ensuite situées dans ces structures, une image implicite de la « femme du tiers monde moyenne » est produite. Tandis que la catégorie « femme oppressée » est construite uniquement sur la différence de genre, la « femme du tiers monde oppressée » bénéficie d’un attribut supplémentaire : « la différence du tiers monde ». Ce dernier attribut inclut une attitude paternaliste (relative au « sous-développement ») envers elles. Etant donné que beaucoup de discussions sur les femmes du tiers monde tiennent place dans le contexte du relatif « sous-développement » du tiers monde (qui ne fait rien d’autre que confondre développement et le chemin séparé pris par l’Occident dans son développement ainsi qu’ignorer la directivité de la relation entre le premier et le tiers monde), les femmes du tiers monde en tant que groupe sont automatiquement et nécessairement définies comme religieuses (non-progressives), orientées sur la famille (traditionnelle), légalement mineures (elles n’ont toujours pas conscience de leurs droits), illettrées (ignorante), domestiques (en arrière-plan) et parfois révolutionnaires (leur pays est en état de guerre, elles doivent se battre !). C’est ainsi que la différence du tiers monde est produite. Une différence appliquée à toutes les femmes du tiers monde, indépendamment de leur classe, caste, ethnie, race, culture, religion etc.

Quand la catégorie « femmes sexuellement oppressées » est située dans des systèmes particuliers du tiers monde défini sur une échelle normée par des suppositions euro-centrées, non seulement les femmes du tiers monde sont définies d’une façon particulière avant leur introduction dans les relations sociales, mais comme aucune connexion n’est faite entre les dynamiques de pouvoir du premier et du tiers monde cela renforce l’idée que les personnes du tiers monde n’ont juste pas encore évoluées comme l’a fait l’Occident. Ce mode d’analyse féministe, par l’homogénéisation et systématisation des expériences de différents groupes de femmes dans ces pays, supprime tous les modes marginaux et résistance des expériences. Mohanty note qu’aucun des neufs textes qu’elle a analysé ne se penche sur la politique lesbienne ou sur la politique des groupes marginaux ethniques ou religieux dans les groupes de femmes du tiers monde. Enfin, les analyses féministes qui perpétuent et soutiennent l’hégémonie de l’idée de la supériorité de l’occident produisent un ensemble d’images universelles de la « femme du tiers monde » sans dimension historique, gardant vivant un discours colonialiste qui exerce un pouvoir spécifique dans la définition, le codage et le maintien des connexions premier/tiers monde existantes.

Sans le discours hyperdéterminé qui crée le tiers monde, il n’y aurait pas de premier monde. Sans la « femme du tiers monde », l’auto-présentation particulière des femmes occidentales telle mentionnée plus tôt serait problématique. Mohanty indique que l’un permet et maintient l’autre. Elle dénonce également une situation où les femmes du tiers monde éprouvent des difficultés à faire entendre leur voix car les féministes occidentales parlent d’elles à leur place.

« They cannot represent themselves, they must be represented. »

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Introduction

1er principe : Les « femmes » comme catégorie d’analyse, ou nous sommes toutes des sœurs en lutte

2e principe : Universalisme méthodologique ou l’oppression des femmes est un phénomène global

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