Petites notes sur l’appropriation culturelle

Concept du coup de clavier ici. C’est à l’arrache.

Condensé de commentaires sur l’appropriation culturelle. Parce qu’on en revient toujours là. Dans les discussions suscitées par cette affaire de policiers qui font une « soirée négro » (ouais, je sais, haut niveau), une énième affaire de blackface, on voit souvent s’élaborer une distanciation par rapport à ce comportement avec l’idée de justifier l’appropriation culturelle comme un ouverture au monde. Une large partie du développement est issue de lectures très intéressantes sur divers blogs francophones et anglophones. Il y a une petite liste de liens à consulter en bas de l’article.  

Il s’agit ici d’une simple succession de notes sur pourquoi le sujet est important.

L’appropriation culturelle n’est pas un échange culturel. 

appropriation déguisement

L’appropriation culturelle c’est l’adoption ou le vol d’icônes, rituels, normes esthétiques et comportement d’une culture ou sous-culture par une autre. Cela se passe généralement quand la culture en question est une minorité ou subordonnée dans un contexte social, politique ou même militaire par la culture dominante. Cette appropriation se produit sans réelle compréhension de pourquoi et comment la culture originale en question a développé ces activités, pratiques, objets, croyances ou les significations derrières ceux-ci, et tourne ceux-ci en pop-culture insignifiante ou avec des significations complètement différente ou moins nuancées par rapport aux réelles significations de cette culture.

 

L’appropriation culturelle dérive de l’impérialisme, du capitalisme, de l’oppression et de l’assimilation. L’impérialisme crée et maintient une relation culturellement, économiquement et parfois territorialement inégale basée sur la domination et la subordination. L’impérialisme est possible par la subordination de groupes de personnes et leur dépossession de tout ce qui a de la valeur détenu par ces personnes colonisées. Dans le cadre de l’appropriation culturelle, la ressource en question est la culture dont les personnes sont dépossédées. Les personnes de couleur. Les objets et traditions des cultures marginalisées sont vues par la culture dominante comme exotiques, tendance, désirables et profitables. Dans le processus d’assimilation (exigence de la culture dominante pour intégrer les marginaux (on intègre jamais les marginalisé·e·s en fin de compte, on exige qu’illes changent)), les communautés marginalisées perdent leurs marqueurs culturels et sont fondues dans la culture dominante. Ce processus est exacerbé quand ces marqueurs sont appropriés par la culture dominante, encore plus violemment quand cela est fait d’une manière à tourner ces marqueurs en ridicules. Il est naïf de croire en un échange mutuel dans de telles relations de pouvoir. Quand la culture dominante accède aux marqueurs culturels de la culture marginalisée, il n’y a plus de marqueurs de culture ‘marginale’, cette culture est gobée par la culture dominante. Cette même culture dominante à laquelle on pousse les personnes issues de cultures marginalisées à s’assimiler. La culture marginale est vendable, elle a un intérêt commercial, elle est un outil marketing, elle est capitalisée, et pas au profit des personnes qui en sont issues.  Où est l’échange ?

L’appropriation culturelle est violente et douloureuse parce qu’elle est une extension de siècles de racisme, génocide et/ou oppression (matérielle, discursive, idéologique). L’appropriation culturelle considère les cultures marginales comme simplement à sa disposition. C’est une colonisation de plus qui s’ajoute à toutes les autres formes de colonisation qui ont eu lieu ou qui ont encore lieu. La défense de l’appropriation est basée sur l’idée fausse qu’il y une relation raciale/ethnique qui existe sur un pied d’égalité, comme si le racisme n’existait plus. Le racisme systémique existe toujours, il y a des privilèges et discriminations. Il ne peut avoir d’échange libre et égal d’idées, pratiques et de marqueurs culturels tant qu’un groupe est privilégié et a plus de pouvoir qu’un autre. Partir du principe qu’il s’agit d’échange bon enfant sans tenir compte de cela ne peut déboucher sur un échange libre et égalitaire. Et l’argument « on pourrait inverser hein » c’est délibérément ignorer le contexte et l’historique dans lesquels l’appropriation culturelle a lieu ainsi que ce que celle-ci reproduit au vu du contexte. Ça ne tombe pas du ciel.

appropriation déguisement 

L’appropriation culturelle n’est pas non plus une façon acceptable de respecter les personnes de couleur et/ou d’honorer leur culture. Il faudrait commencer par s’intéresser à comment reconnaître, confronter et démonter le racisme systémique au lieu de s’approprier la culture de l’autre en croyant tenir une position de résistance de la sorte. Il s’agit d’écouter et apprendre à écouter lorsque les personnes concernées identifient les problèmes qu’elles se prennent dans la gueule au lieu de les invisibiliser, les nier ou les minimiser. L’appropriation culturelle en signe de solidarité, paix, compréhension mutuelle… ça ne fonctionne pas dans de tels termes. Par ailleurs, l’appropriation culturelle ce n’est pas que prendre, c’est aussi détourner et vider de tout sens pour en faire quelque chose qui appartient désormais à la culture dominante, ses normes et ses valeurs. L’appropriation culturelle est insensible et ignorante au mieux, raciste de façon flagrante et consciente dans le pire des cas. De plus l’appropriation culturelle perpétue des stéréotypes inexacts sur les personnes de couleurs, des stéréotypes produits par la culture dominante. Et quand ces stéréotypes sont perpétués, il crée une case dans laquelle les personnes de couleur doivent rentrer. L’autre option c’est l’assimilation, complètement s’abandonner à la culture dominante. Tu as une case qui représente ce que tu es censé être (pour la culture dominante) et celle qui représente ce qu’on exige que tu sois pour qu’on t’ « intègre ». Exister en-dehors de ces cases, c’est problématique.

billy van black face

Apprécier une culture n’est pas synonyme de s’approprier cette culture. De la même façon, être invité-e à prendre part à une tradition culturelle, n’est pas la même chose que s’approprier cette culture en-dehors de ce contexte. C’est un acte pris sans considération de l’autre. Il n’y a pas d’échange, ni de solidarité, ni de respect, ni d’honneur.Un échange positif est possible mais ça se travaille dur. C’est comme pour tout, il faut que ce soit dans un contexte qui permette cet échange positif. Cela implique inévitablement le tissage de liens avec les personnes avec qui on veut échanger et l’implication qu’on est prêt-e à engager pour permettre ce contexte, ce qui n’est pas évident vu le passé et le présent qui ne s’effaceront pas et qu’il ne faut pas essayer d’effacer, ce sont des réalités inscrites dans nos cultures aussi. Ça ne peut se faire sans relations, une prise de conscience et un consentement. Il n’y a pas de relation (à part les relations de pouvoir omniprésentes) dans l’appropriation culturelle, ni de prise de conscience, ni de consentement. Toute relation se crée dans un contexte systémique. Le système fait partie de la relation (et les relations nourrissent le système). Et il est plus facile d’oublier ou ne pas réaliser la dimension systémique de nos relations individuelles quand on est du côté ‘privilégié’. D’où l’importance de la prise de conscience dans la volonté de construire un contexte favorable.

 appropriation queen

Dans l’appropriation culturelle, il n’y a pas de dialogue, pas de rencontres, juste une appropriation et donc une expropriation (également en termes de valeurs, importance, sens, connections etc.). Il y a une différence entre être curieux-se et ouvert-e et aller à la rencontre des personnes et juste s’accaparer leur culture. Une relation ça se construit, ça s’entretient aussi. Toute cette implication n’existe pas dans l’appropriation culturelle. Dans l’appropriation culturelle, on ignore l’autre en fin de compte. On lui prend juste ce qui a de la valeur, un intérêt à nos yeux, sur base de notre propre culture. On fait ce qu’on veut d’une culture qui est minimisée, invisibilisée, pas considérée voire dévalorisée ou même ridiculisée quand les personnes qui en sont issues l’expriment. L’appropriation culturelle, ce n’est pas un échange culturel.

 appropriation queen 2

De plus, je ne comprends pas trop le fait qu’on s’inquiète autant de ce que pourrait ressentir la personne en situation « dominante » à cause d’une frustration par rapport à quelque chose à laquelle elle ne pourrait pas accéder, et qui ne lui appartient pas (ne pas accéder à une partie de l’identité de l’autre), par rapport à la reproduction de systèmes oppressifs auxquels les personnes en situation ‘dominée’ peuvent être une fois de plus confrontées. Il y a une priorisation que je ne suis pas. Pour moi, c’est renforcer un privilège que de faire passer en priorité le ressenti de la personne en situation ‘dominante’ par rapport à celle en situation ‘dominée’. Les situations ne sont pas comparables. L’une des parties risque de perdre quelque chose de primordiale tandis que l’autre risque seulement de ne pas gagner quelque chose qui n’est pas primordiale. Il faut se demander à qui on demande de prendre des risques, de faire des efforts, de prendre sur soi et ce que ça implique, dans quelle dynamique ça s’inscrit. C’est mon choix politique. Je pense qu’on peut initier un questionnement et un changement d’attitude avant que le mal ne soit fait plutôt que de demander aux personnes concernées de faire le boulot de l’éducation (ce qu’elles font déjà), ce qui n’est pas forcément agréable, en particulier dans la répétition. Perso, j’aime pas servir d’outil pédagogique 24h/7j. Et quand t’en peux plus, on te dit susceptible, fermée, que tu pourrais faire un effort, être compréhensive… Bref, c’est de ta faute. Ça ne donne pas envie et n’aide pas à entrer en relation justement. C’est promouvoir de meilleures relations que de travailler en amont, de faire des efforts pour rééquilibrer la balance des efforts.

Cultural-appropriation so fashion

Et sinon, la colonisation, le massacre, l’expropriation tousssa, ce n’est jamais un bon thème de fête ou de déguisement. Faut arrêter, c’est vraiment pas possible. Vraiment. Egalement, jouer à des jeux comme « jouer au cow-boys et aux indiens », c’est ultra foireux. Comme vous êtes grand.e.s et que vous avez en plus accès à toute l’info nécessaire, il est urgent d’arrêter de tourner cette violence en ridicule. Et par pitié, pas de « Mais on ne peut plu rien faire ! » please.

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Laura ajoute: «  »blesser les gens ça arrive ». Po a déjà tout dit et s efforcer de voir dans l’appropriation une question de mauvaises intentions, c’est vouloir excuser sous prétexte de bonne foi une appropriation systémique et le racisme qui le sous tend. On peut avoir les meilleures intentions du monde, la maladresse ne constitue pas une dispense de tolérance. Le fait est qu on fait durer un débat où chacun veut émettre son expérience individuelle sans voir que c est a répétition pour les dominés. La somme des expériences individuelles contribuent au système d oppression, quelque soit les intentions de chacun. »

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Pour prendre le cas de l’appropriation des cultures natives américaines, il y a des des centaines d’exemples ultra obvious…

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A voir !

Le spot « Proud to be » fait partie de la campagne nationale « Change the Mascot » aux USA par des Natif.ve.s pour mettre fin à l’utilisation du terme insultant redskin (peau rouge) pour la mascotte et le nom de l’équipe de Washington D.C. de la ligue nationale de football (NFL).

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Un exemple d’appropriation culturelle (ici à des fin commerciales)

appropriation nazca

Le tweet a disparu depuis (https://twitter.com/Nazcaofficial/status/470532157317074945)
On peut lire dans la description sur twitter comme « L’harmonie, les terres sauvages »

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A lire aussi:
The Difference Between Cultural Exchange and Cultural Appropriation sur Everyday Feminism
What Is Cultural Appropriation and Why Is It Wrong? sur Race Relations
Cultural Appreciation or Cultural Appropriation? sur Unsettling America
Feminist Intersection: On hipsters/hippies and Native culture sur Bitch Magazine

Et aussi:
Answers for White People on Hair, Appropriation, and Anti-Racist Struggle
Native Appropriation
My Culture Is Not A Trend
Hipster Appropriations

Et cette confrontation:

Redface has another big day at the ballpark in Cleveland: sur Cleveland Frowns

baseball 01

Et plus récemment, cette nouvelle tendance :

Dear White People/Queridos Gringos: You Want Our Culture But You Don’t Want Us – Stop Colonizing The Day Of The Dead de Aya de Leon

Une idée de ce que ça donne :

 

Ici, Amandla Stenberg remet les points sur les i à propos d’une partie de l’appropriation de la culture noire aux USA :

Et plein d’autres choses, au sujet de plein de cultures et leurs appropriations, disponibles sur la toile. A vos moteurs de recherche.

 

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31 réflexions sur “Petites notes sur l’appropriation culturelle”

  1. Je pourrais être d’accord, mais il se trouve que je suis métisse, que j’ai plusieurs cultures à mon actif, que je ne me vois pas porter demain un Sari, devenir animiste ou apprendre le flamenco. De plus, ma spécialité ce sont les cultures égyptiennes antiques et nordiques. Alors ça fait de moi une raciste? Les punks avec leurs crêtes et leurs percings, sont donc des racistes? Les indiens sont en voie de disparition, et disparaîtront, comme beaucoup d’ethnies. Les parquer dans un coin pour les préserver comme des animaux, c’est dégueulasse. Et c’est complètement raciste de toute façon de ne pas se mélanger.

    1. Je ne vois pas de contradiction directe en fait.

      En quoi considérez-vous qu’il y a une appropriation culturelle dans les exemples que vous citez ? (pour que je comprenne mieux votre point de vue)

      L’appropriation culturelle ne contient aucun dialogue culturel. Je ne vois pas le rapport avec l’idée de ne pas se mélanger.

      🙂

  2. Une petite question qui me turlupine…
    Comment classer le fait de porter des costumes (à l’occasion d’événements festifs) véhiculant des clichés ou faisant référence à un fonds culturel (vestimentaire ici) quand c’est de la part même des personnes qui en portent le stigma ?
    En l’occurrence, je ne parle pas forcément des personnes qui vont profiter de mardi-gras pour mettre, qui un sari, qui une tenue berbère, qui encore un costume traditionnel régional européen (encore que, l’on peut émettre des doutes quant à ce que suppose la réelle « tradition » quand on sait le processus de (re)création de traditions au cours du XIXº); je fais plutôt référence à celles qui vont justement en profiter pour faire appel à des clichés : se déguiser en « marchand du souk » ou en « magnat qatari » en étant soi-même racisé arabe, ou se déguiser en « mama africaine » en étant soi-même racisée noire. Ce n’est pas de l’appropriation culturelle telle que définie, on n’est plus dans la dimension dominant/dominé (du point de vue de la couleur du moins) et pourtant je ne vois pas en quoi ce serait tellement différent… (dans la mesure où j’évoque ici des personnes ne le faisant pas pour des motifs « politiques » mais uniquement dans le but de faire rire ou de se déguiser)
    La question c’est surtout que, si à moi (ou à toi) cela paraît peu opportun, comment aborder cette question avec les personnes concernées ?

  3. Dans la culture ou communauté sourde c’est exactement la même chose, on nous étiquette d’handicap et on nous approprie notre langue des signes. Mais des politiciens, docteurs et citoyens nous voient encore comme des sous-… des infirmes et même encouragent des parents a médicalisé ou mettre dans une structure speciale ou encore a réparer l’enfant grâce au système d’implant pour entendre. Pourquoi pas nous laisser comme tels avec notre langue et y a différents façons de pouvoir communiquer ensemble et ainsi de se fondre dans la société sans stigmate.

    J’aime l’affiche et je pourrais aussi dire:
    « Vous portez le costume pour une nuit mais je porte le stigmate pour la vie ».

  4. Faire sienne la bêtise d’autrui qu’on peut lire sur internet, comme les dernières théories bidons à la mode, est-ce de l’appropriation culturille ?

  5. De même que les américains ont exporté la culture street rap à travers le monde et les îles (colonisation de la pensée, du style et des valeurs) qui fait que partout où je vais à travers le monde, je retrouve les mêmes jeunes déguisés en bad boys, l’idée même d’appropriation culturelle est une autre tentative de colonisation américaine de notre pensée, intrinsèquement suspecte.

  6. Bonjour,

    je comprends bien l’idée sur le carnaval et les costumes… toussa toussa.

    Il y a quand même un peu de mauvaise foi dans tout ça, comme l’image avec les filles à plumes sur la tête, les tenir responsables des actes de leurs ancêtres c’est un peu fort, tout le monde à des ancêtres que l’on peut juger de façon négative. Il y a certes une nécessité de mémoire, mais pas de blâmer.

    D’ailleurs ça me pose quand même problème cette notion de « culture », comme ci le monde était distinctement divisé et que chaque individu de cette culture partageait entièrement tout les éléments de sa culture et aucun d’une autre culture. Et de plus, que cette culture soit figée temporellement.

    Dans ton texte, on en arrive à penser que le culture « blanche-occidentalo chrétienne » (oui ça n’existe pas) n’est faites que d’éléments spoliés utilisés dans les dessein de l’impérialisme. Je pense que comme toute les cultures c’est un ensemble d’idées en perpétuel évolution à la recherche d’idées plus adaptées à la réalité changeante du monde. (ex: les vêtements, en dehors des effets de modes, la culture adopte les tenues les plus adaptées au mode de vie/idéologie comme ce le fut pour le pantalon)

    Les cultures apparaissent et disparaissent aux cours de l’histoire, ce n’est pas nouveau. la nouveauté c’est que les cultures persistes malgré leur intégration dans une sphère plus large. C’est un peu cruel mais vaut-il mieux voir sa culture réappropriée ou totalement disparue?

    Je ne suis pas une grande fan du déterminisme culturel dans la compréhension du monde moderne peut être par ce que je suis le produit d’un métissage culturel et que je ne me retrouve pas dans ces définitions.

  7. Je pense que la mauvaise foi est plutôt dans le fait d’imaginer que le passé serait indépendant du présent comme si les personnes occidentales blanches d’aujourd’hui n’héritaient d’aucun privilège liées à l’histoire et aux différents rapports de force effectués entre l’Occident et le reste du monde : considérer la colonisation (je parle des Amériques en plus de l’Afrique), l’esclavage, les pillages, et autres du passé comme une histoire  » d’idées en perpétuel évolution » ou autres , c’est de la mauvaise de foi. Si l’on trouve des costumes d' »Indiens », ou d' »Africain » et non pas d' »Européen », c’est qu’il y a une raison.
    ( oui, beaucoup de choses attribuées à l’Occident ne le sont pas, et l’impérialisme existe toujours).
    Résumez ces rapports de force à une disparition et une apparition « comme ça » alors qu’il y a clairement des dominés et dominants qui se sont imposés et s’imposent par des vecteurs divers (telle que la langue), j’ai plus l’impression que ça sert à soulager la conscience de tout le monde avec un haussement d’épaules, « bof c’est comme ça ».

    Et je comprends pas trop en quoi une cruauté serait plus préférable qu’une autre: qu’une culture soit réappropriée à travers un prisme occidental bien précis ou éradiquée, elle est dans les 2 cas soumise à une violence dominante qui l’empêche d’exister par elle-même (y a qu’à voir ce qui est estimé comme « exotique », « primitif », « moderne »,etc. Y a un imaginaire collectif occidental qui influence toutes ces notions).

  8. Le terme « appropriation culturelle » me semble renvoyer à des réalités trop diverses pour être le « prévenu » adéquat au procès que je viens de lire.

    En effet, de l’extrême Orient à l’Occident, les appropriations culturelles des uns sur les autres ont formé le limon fertile qui nous a donné arts, urbanisme et démocratie : des pans et enchevêtrement de cultures. Notre culture donc, qui serait selon vous notre propriété, atavique, unique et légitime.

    En réalité, vous me semblez bien plus portée sur la critique du matérialisme, du consumérisme, du fétichisme et du mépris pour la culture, les arts et les cultes.

    Selon moi, ce n’est pas contre « l’appropriation culturelle » que vous vous battez.
    C’est contre le profane et le blasphème..

    .. des notions par ailleurs intrinsèques aux « systèmes de dominations » (traditionnels) ..
    .. qui est une forme de système que vous dénoncez bien pour ce qu’elle est parallèlement..

    Je résumerai donc : Lecture insatisfaisante sur un phénomène que j’exècre aussi complètement que vous, mais dont la définition et le nom même sont bien trop imprécis pour susciter mon adhésion.

    Cimer pour avoir honoré mon verbe de votre plus obséquieuse attention,
    Amen.

    1. Il ne s’agit pas de blasphème ou de sacrilège. Il n’y a pas de référence au sacré. Pour l’emploi du terme ‘appropriation culturelle’, je vous invite à lire également les liens en fin d’article. Ce sont les groupes qui en sont victimes qui qualifient et expliquent pourquoi il s’agit d’appropriation culturelle et comment elle peut s’exprimer aujourd’hui en toute souplesse. Enfin, l’appropriation culturelle n’est pas l’échange culturel.

    1. Le défrisage pour les cheveux crépus comme norme n’est pas de l’appropriation culturelle mais une imposition culturelle dont les débuts peuvent être retracés dans l’histoire de la colonisation et de l’esclavage des peuples noirs.
      Il y a de nombreuses ressources à ce sujet. Je vous conseille de vous renseigner avant de commenter. Je ne vais pas redire ce qui est déjà bien expliqué sur de nombreuses autres plateformes et médias.

      Pistes :
      http://www.cases-rebelles.org/peau-noire-cheveu-crepu-lhistoire-dune-alienation/
      http://www.afroconceptnews.com/2014/03/23/histoire-lorigine-esclavagiste-du-defrisage/
      http://www.mamiwata.net/index.php?page=une-histoire-de-cheveux-naissance-du-defrisage
      Etc.

      Au vu des réflexions proposées sur l’appropriation culturelle, comment le défrisage, étant donné son histoire, pourrait-il être de l’appropriation ? Jusqu’à aujourd’hui le cheveux afro est un sujet de discrimination et le défrisage ou le tissage est toujours compris comme la seule façon de bien se présenter. Cette norme est imposée par une culture blanche-occidentale qui considère le cheveux lisse comme plus noble, plus présentable. Il s’agit d’imposition, pas d’appropriation. Et on fait avec.

      Quel est le but de ce commentaire ?

  9. Désolé si je me ramène très tard sur ce sujet, mais j’étais en mode « bon je comprends pas grand chose à l’appropriation culturelle que je viens de découvrir autant lire sur le sujet… » Et ton article était le premier en francais sur google…

    Je pense avoir assimilé le concept dans les grandes lignes, mais j’ai encore quelques questions:

    – Est ce qu’être blanc et porter les plumes comme la représentation des amérindiens est elle forcément une appropriation culturelle ? Parce qu’un paquet de blancs américains ont des origines « natives » et aiment les mettre en avant à un instant T… Je pense à – pour les plus connuEs – Kim Basinger, Fergie, Johnny Depp… Même des personnes noirEs, je pense à Oprah et. Beyoncé… Et des fois même si c’est pas le cas, ils en sont persuadés, je pense à l’ancien président Calvin Coolidge qui était persuadé d’être amérindien par sa grand mere je crois… (Ca empeche pas que je sois pour renommer le nom des équipes comme redskins hein)

    – Deuxio, Pharell avec les plumes… Techniquement, je sais pas si les noirs américains ont opprimés les peuples natifs… Ou alors est ce qu’on quitte le champ de la race pour le champ de la classe, vu que Pharell est un millionnaire ?

    – Tertio, est ce que tu vois ces francais du continent qui mettent des tetes de maure (le drapeau corse) sur leurs plaques d’immatriculation pour faire style « les gens vont croire que je suis corse et donc que j’ai le sang chaud et vont pas me faire chier au volant » (si si ça existe, c’est meme les autocollants de plaque les plus demandés sur le continent) comme de l’appropriation culturelle ? Parce qu’en tant que Corse, a qui d’ailleurs on renvoie en permanence des stereotypes, (et qui subit une oppression specifique en tant que membre d’une minorité nationale, mais c’est un autre débat), ca me gonfle…

    Ça c’est les quelques questions qui me viennent la je vais continuer a lire et reflechir. Ton article est pas mal oui.

    1. Bonjour,

      Pour la question des cultures amérindiennes/natives le mieux est de lire et écouter les personnes concernées. La question de l’appropriation de cette culture est le sujet de nombreux textes et autres supports et il me semble que ces points sont abordés par plusieurs personnes. Je ne parlerai pas à leur place. Dans ce post, j’ai relayé des articles qui sont apparus peu avant l’écriture.

      Pour l’image avec Pharrell, il s’agit d’une situation complexe. Cela fait écho au rapport entre esclaves exportés et massacrés et natifs décimés et déplacés face au pouvoir dominant blanc occidental raciste, sexiste et capitaliste. Plusieurs militant·e·s l’ont évoqué d’ailleurs. Il en sort de nombreuses choses notamment le fait que les noir·e·s doivent être très critiques des droits ou, plus souvent, compensations minimes qu’on finit par leur donner qui n’impliquent pas une remise en question des pratiques du pouvoir dominant mais qui évitent justement ceci en ne « cédant » rien mais en puisant encore plus dans les populations natives. En résumé il s’agit par exemple ici d’interroger l’assimilation (qui peut se faire par le capitalisme) des noir·e·s qui est un instrument de domination du pouvoir dominant sur les Natif·ve·s (participer à l’appropriation culturelle) ou encore dans un autre registre recevoir un terrain en compensation mais sur une terre qui appartient aux Natif·ve·s à la base. Dans cela, une opposition à ces proposition de reproduction de domination et discrimination en contestant ces pratiques et donc en tenant compte des droits et vécus des Natif·ve·s représentent une vrai menace contre une culture dominante qui refuse de se remettre en question.

      Ton agacement peut te donner un aperçu de ce que cela représente dans d’autre contexte. Les gens qui pensent qu’avoir un style «  »ghetto » » qui en fait est souvent juste ‘noir’ pour être cool ou se faire une streetcred. Par contre, je suis belge et je ne peux m’avancer longuement sur l’histoire et le rapport Corse-France. La différence avec les exemples sue je cite dans ce texte se trouve dans le fait qu’il y a ici un rapport racial, en terme de construction sociale des races et leur hiérarchisation, qui a permis des violences, génocides, exploitations etc. dont l’héritage est actuel et dont la mémoire et les cicatrices se transmettent d’autant plus par cette actualité. La vie, les terres, l’économie, la culture…

  10. merci. Je commence à essayer de comprendre cette notion d’appropriation culturelle et votre article est très clair. Il m’éclaire beaucoup. Je vais le lire et relire jusqu’à bien le comprendre. merci encore d’avoir pris le temps de faire ce boulot.

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