#BoycottHumanZoo II : à la culture de notre servitude

Après les nombreuses discussions sur le net et les articles éparses et discrets sur le sujet, Mrs Roots et moi-même avons décidé de rédiger cet article sur Exhibit B. Ce dernier est publié en 2 parties : l’une qui est lisible sur le blog de Mrs Roots et la seconde qui va suivre ci-dessous. Nous informons que même si la rédaction de ces deux parties est faite par deux personnes (la première est davantage effectuée par Roots, la deuxième est effectuée par Po), nous en soutenons toutes les deux le contenu. Il n’est donc pas question ici de points de vue séparés mais bien d’un malaise et d’une colère commune. C’est pour cela que nous les signons ensemble.

Première partie ici
#BoycottHumanZoo I : le racisme s’invite au musée

.

3) Notre histoire au service de votre culture pour tous

.

Nous nous trouvons dans un cas de plus d’appropriation de notre histoire, nos représentations et nos luttes. Il nous reste à trouver la force pour faire émerger cette question de l’appropriation. Ce qui est menacé, ce sont nos aspirations à une autonomie politique et culturelle où des personnes blanches n’auront pas ce pouvoir de s’emparer systématiquement de nos luttes. Notre autonomie, c’est aussi également la seule chose qui menace réellement un système raciste. Le retrait de la perfusion de poison qui nous ait administrée depuis trop longtemps, pour reprendre des termes de notre amie Amandine Gay, « ce poison qui nous dicte de tourner la face et le corps vers leur soleil, nous laissant dans les ténèbres ».

.

Bailey aspire notre histoires, nos représentations, nos émotions, notre énergie. Il met à mal ce que nous devrions allouer à notre survie, à notre construction, à notre futur. Il était interdit aux esclaves d’apprendre à lire et écrire ni de se rassembler sans la présence d’une personne blanche afin d’éviter toutes velléités émancipatrices. Cette intrusion dans nos espaces symboliques imaginaires comme matériels est un prolongement de ceci. Si Bailey dit comprendre le lien entre le zoo humain et les centres de détention d’immigré·e·s, nous l’invitons à pousser la réflexion sur son propre comportement et son travail. La présence blanche a constamment envahi nos espaces et pris nos sujets de lutte pour les définir selon ses conditions et volontés. Bailey reproduit un privilège blanc où les personnes noir·e·s sont maintenues sous tutelles. Dénoncer ces méthodes nous place dans la position du·de la marginal·e qui menace, la civilisation ou, comme ici, la culture. Il est l’exemple type de la personne qui se présente et se croit alliée alors qu’elle exerce une tutelle mentale et se croit dans la liberté de le faire. Nous nous interrogeons donc encore plus sur cet engagement qu’il prétend servir.

“For the master’s tools will never dismantle the master’s house.” ― Audre Lorde
“For the master’s tools will never dismantle the master’s house.”
― Audre Lorde

 .

Lorsque Bailey présente son œuvre à la télé, il ne manque pas d’expliquer ce que vivent les performeurs·euses son confronté au regard, nous expliquant que par son œuvre illes sont confronté·e·s à leur propres « histoires résiduelles » de racisme. Mais nous n’avons pas besoin de son talent pour expérimenter le racisme tous les jours. Bailey continue de vanter l’accueil que son œuvre a reçu dans plusieurs festivals de villes européennes  pour questionner l’annulation à Londres. Par ailleurs il dit défendre une société globale riche dans la pluralité des voix. Nous nous questionnons sur la pluralité qu’est censée apporter sa voix. Celle d’un artiste blanc qui s’approprie les corps noirs pour nourrir son art. En quoi s’imagine-t-il être une voix divergente au vu du procédé qu’il emploie ? Le corps noir au service de sa créativité. Bailey défend son intention. Elle ne serait pas haineuse, il ne s’agirait pas de peur ou de stéréotypes. Il ne s’agirait que « d’amour, de respect et d’indignation » (à lire ici). Son amour des noir·e·s consiste à reproduire des représentations parmi les plus violentes pour nous. Son respect consiste à reproduire une objectification et une animalisation sans regard pour ce que cela a de violent pour nous – dans un contexte où l’animalisation est un volet incontournable du racisme et où elle se fait toujours de façon dégradante, dans la lignée de l’égard porté aux animaux. Le regard blanc est la cible. Le regard blanc est également le décideur. Le tout pour que la cible s’indigne du passé, sans questionner le présent, le tout à notre détriment. Enfin, s’indigner, quand il ne s’agit pas du théâtre du rire et de la curiosité. Dénoncer tout ceci serait un acte de silenciation, se plaçant ainsi dans le rôle de la victime. Sans surprise.

.

En effet, Bailey dénonce ce qui serait une « opposition à son droit en tant que blanc de s’exprimer sur le racisme » (nous reprenons ses mots).  Ce qu’il ne comprend pas, ou ne veut pas entendre, est que ce qui est dénoncé sont justement ces méthode et représentations qui s’inscrivent dans une dynamique raciste et sont racistes. L’incohérence de sa défense continue dans le fait que les noir·e·s qui s’opposent à Bailey s’opposeraient à une dénonciation de racisme alors que c’est justement ce qu’illes font. Lui qui dit dénoncer le racisme utilise les corps noirs et nie la voix des noir·e·s. Il continue soulignant que les personnes qui s’opposent à son travail n’ont par ailleurs pas vu celui-ci. Nous tenons donc à répondre que si nous nous opposons à de telles pratiques c’est tout d’abord parce que nous ne voulons plus les subir. De plus, nous n’irons pas soutenir, ni par notre présence ni par notre argent, un événement que nous dénonçons avec force. Enfin, Bailey a fait énormément de promotion autour de Exhibition A & B pour que nous soyons heurtées par le contenu qui y est présenté. C’est le but de l’exposition comme il l’explique. Sa défense se basant en partie sur le fait que nous n’avons pas vu cette exposition en question car nous refusons de soutenir ou de servir de cobaye, elle comporte un signe supplémentaire de son manque de respect, d’amour et d’indignation contrairement à ce qu’il avance.

Protester, s out side the Barbican during a protest to boycott Exhibit B by white south African Brett Bailey. The boycot as attracted over twenty one thousand people on a on line pettion . Photograph : Demotix
Protester, s out side the Barbican during a protest to boycott Exhibit B by white south African Brett Bailey. The boycot as attracted over twenty one thousand people on a on line pettion .
Photograph : Demotix

.

Car en fin de compte, Bailey profite grandement de tout ceci. Non seulement les corps noirs sont des crash-tests, mais nos émotions, douleurs et colères également. Il s’en sert pour se construire une notoriété, une rémunération et alimenter sa « créativité ». Il est l’homme qui allume l’incendie et observe ensuite la panique. Il est l’explorateur. Il apprécie les interprétations qui en sont faites, il apprécie donc notre colère. Le but de son installation est bien l’objectification des corps noirs par les personnes spectatrices.  Et il n’oublie pas de se présenter comme un artiste qui n’est pas binaire mais qui travaille des couleurs et des nuances. C’est sûrement ce qui lui permet de taire sa position de pouvoir dans un système raciste. Se positionnant uniquement en tant qu’artiste, comme si cette place était dispensée de toute considération sociale, économique ou politique, il tente de faire passer son travail comme indépendant de toute situation politique et sociale, surtout les négatives, tout en parlant d’une dénonciation du racisme que celui apporterait. En somme, politique quand ça arrange uniquement. Sauf qu’il est important de rappeler à Bailey que sa palette de couleurs et de nuances est politiquement limitée de fait de sa position. Le pouvoir qu’il exerce en décidant d’exploiter nos histoires et nos corps pour son art s’inscrit dans un système raciste qu’il ignore juste quand on s’intéresse à sa personne. L’explorateur dit créer un voyage saisissant et immersif dans lequel on peut être soit enchanté soit agité, mais il voudrait que nous soyons pertubé·e·s par-dessus tout. Ce message s’adressant à tou·te·s, en quoi doit consister la perturbation des noir·e·s ? Revivre l’humiliation dans un musée, humiliation qui ne nous échappe pas en-dehors de celui-ci ? Cette humiliation contre laquelle nos ancêtres ont lutté ? Est-ce sa façon de dénoncer le racisme ? Ou s’adresse-t-il à une cible blanche ? Et ce en-dehors donc de nos considérations, mais en utilisant nos corps et notre histoire.

human zoo ancestors

 .

Les perfomeurs·euses en sont venu·e·s à s’interroger comme nous le faisons maintenant. « Comment savoir si nous ne sommes pas en train de divertir les gens de la même façon les zoos humains le faisaient ? » Comment être sûr qu’il ne s’agit pas juste de personnes blanches curieuses de voir des personnes noires ? » « En quoi est-ce différent ? » Bailey est persuadé de faire du neuf. Nous aimerions dire que la seule nouveauté est l’époque mais le concept de noir·e·s en cage n’a jamais disparu. Tout ce qui l’intéresse, comme il le dit, est le mécanisme par lequel ces zoos légitiment des pratiques coloniales. Mais ne lui parlez pas de l’art qui légitime des représentations racistes et coloniales pour le divertissement de la cible blanche. Ce qui l’intéresse c’est la manière dont les noir·e·s sont objetisé·e·s/objectifié·e·s, parce que quand les personnes sont objetisée/objectifiées, on est capable de tout leur faire. Mais il ne s’interroge sur sa propre pratique. Il objectifie des personnes noires pour son art, pour le challenge, pour la sensation, même pour lutter contre le racisme paraît-il. Les noir·e·s sont déjà sont déjà objectifié·e·s dans ce procédé, et il peut faire ce qui lui plaît. Malgré les performeurs·euses qui tombent en larmes. Nous tenons à rappeler à Bailey que nous n’avons pas besoin de zoo humain pour être objectifié·e·s. Nous n’avons pas besoin de ses efforts « « humanistes » » et à prétentions savioristes.

 .

 4) Ce que cela réveille au sujet des considérations actuelles

.

Les zoos coloniaux, humains existent toujours. Si vous voulez voir des noirs en cage, faîtes le tour des prisons, des centre fermés pour immigré·e·s, les cellules des commissariats etc. Les corps noirs objectifiés, pathologisés, asservis c’est toujours d’actualité. Les politiques étrangères des anciens états coloniaux sont toujours coloniales. Les propos et rhétoriques racistes datant de l’époque coloniale sont toujours d’actualité. L’état s’octroie toujours une autorité légitime pour tuer, enfermer, mutiler. Regardez. Les descendants de colonisés, les descendants d’esclaves, les noir·e·s, nous sommes là. A la recherche de sensation ? Les gens sont prêts à payer pour voir des noir·e·s en cage au musée par curiosité ou pour s’offusquer mais nient les noir·e·s & la violence du racisme en-dehors de celui-ci. Ils ne veulent pas se confronter à nos faces anonymes. On est là, le racisme est là et nous en sommes la cible. Pas besoin d’une séance de musée qui va remplir les poches d’un mec blanc. Nous sommes en libre-service.

Demonstrators outside the Barbican make their views clear during a protest against 'Exhibit B' Photo: Demotix
Demonstrators outside the Barbican make their views clear during a protest against ‘Exhibit B’
Photo: Demotix

.

Si vous ne pouvez pas réfléchir au racisme sans reproduire les plus violentes représentations racistes, qu’y a-t-il à espérer ? Nous restons des cobayes. Doit-on mettre en scène les pires scènes racistes pour les dénoncer ? Si oui, comment, par qui ? Nous ne nous satisfaisons pas de la carte « liberté d’expression », celle qui permet la prolifération des propos raciste (et pas que, on pourrait développer une longue liste). Qui servez-vous par ce processus ? Qui est lésé·e ? En quoi est-ce émancipateur pour les noir·e·s ? Votre culture, votre éducation, votre envie de sensation, les voilà servis. Lutter contre le racisme en utilisant des mécanismes raciste ? Non, nous n’y croyons pas. Et nous utiliserons nos moyens d’expressions pour dénoncer l’oppression qui se déguise en liberté. Navrées que Bailey en soit surpris et se sente censuré, oui nous avons des choses à dire sur nos représentations, aussi étonnant cela puisse paraître.

.

On en est toujours à nous pousser à démontrer notre « humanité «  (des guillemets car l’humanité est définie sous des conditions blanches d’une part et spécistes d’autre part), nos souffrances. On en est toujours à faire des corps noirs le crash-test du public, qu’il soit haineux comme « bienveillant ». Et le constat se prolonge dans le silence général autour de la colonisation et du racisme spécifique qui est attaché à celle-ci. Ces sujets ont été abordés par de nombreuses personnes noires, les réponses ne sont jamais écoutées ou vite enterrées. Ensuite, on nous demande d’être poli·e·s, de dire merci, de cautionner quand des personnes blanches veulent prendre ces mêmes sujets en main, laissant croire que nous n’en avons jamais été capables. En bonus, l’argument selon lequel ce spectacle est une chance pour les performeurs·euses noir·e·s rajoute une indécence supplémentaire à l’affaire. Car oui, il n’y a pas assez de visibilités et d’opportunités données et performeurs·euses noir·e·s, et si c’est tout ce qu’il y a à leur proposer, tout ce qui peut être imaginé, il y a de quoi être horrifié·e. On se trouve une fois de plus dans une situation où un artiste blanc joue la carte du saviorisme.

L’œuvre de Bailey renforce le racisme au lieu de le défier. La liberté d’expression n’est pas le ticket pour des expressions racistes. Nous nous attendons à ce que la critique réveille une peur de la censure, il est toujours bon de questionner la censure de l’art. Cela n’empêche pas de dénoncer la nature raciste d’une création, œuvre, performance ou quoi que ce soit et de s’y opposer. Nous espérons qu’il est encore communément accepté qu’il n’est pas nécessaire d’exhiber le viol, la torture, la maltraitance sur enfants etc. au musée pour les dénoncer. Nous hurlons que cette compréhension doit être étendue à ce cas-ci. Exhibit B perpétue l’objectification des corps noirs ce qui est un lieu commun dans notre société. Dans le moins pire des cas, Exhibit B invite les personnes blanches à se sentir dans une situation inconfortable et en même temps se féliciter de cet inconfort devant des corps prostrés, voire nus, noirs dans une installation qui les mettent en position d’infériorité. Le reste du temps, il servira une curiosité toute aussi malsaine, mais n’allant pas plus loin que le voyeurisme et l’impression mentale de ce positionnement des personnes noires. Bailey peut tourner son argumentaire dans tous les sens pour démontrer la pureté de son intention, Exhibit B reproduit l’idée selon laquelle les noir·e·s sont des produits passifs qui peuvent être employés comme canaux de discussions et d’échange entre blancs. Cette représentation véhicule une gifle aux siècles de lutte contre l’oppression raciale. Accepter la privation de pouvoir et la désincarnation des noir·e·s qu’elle représente, ou le simple fait qu’il y ait débat sur l’acceptabilité de ceci démontre un privilège blanc manifeste : celui qui s’exerce encore sur la production et l’emploi de nos représentations.

Protesters with placards gather at the entrance of the Vaults Gallery during a protest that lead to Exhibit B by South African artist Brett Bailey being cancelled. Photograph: Thabo Jaiyesimi/Demotix/Corbis
Protesters with placards gather at the entrance of the Vaults Gallery during a protest that lead to Exhibit B by South African artist Brett Bailey being cancelled.
Photograph: Thabo Jaiyesimi/Demotix/Corbis

.

Nous rappelons que l’émetteur fait toujours partie de la définition du message. Bailey est décrit et positionné comme « un Sud-Africain qui a grandi dans un environnement qui a réprimé la majorité de son peuple ». Soyons plus précises, il a grandi parmi la minorité oppressante et il a bénéficié de cette répression. Le projet Exhibit B est une utilisation des corps et représentations coloniales et racistes par une personne qui fait partie du groupe oppresseur/privilégié. Nous pourrions faire des parallèles avec d’autres terribles événements de l’histoire pour questionner si cela fait toujours sens. Mais s’il faut en arriver là, cela ne fait que démontrer une fois de plus que l’objectification et les représentations dégradantes des noir·e·s ne sont toujours pas perçues comme problématiques dans notre société. La vie, les souffrances, les expériences des noir·e·s sont toujours dévalorisées. Il semble qu’aujourd’hui encore elles n’ont d’intérêt que quand des blanc·he·s s’en emparent pour les intérêts d’un public blanc. Exhibit est l’exemple même de l’art qui offense tout en se disant dénoncer cette offense. Exhibit B est sur la route de l’abus et l’exploitation raciale dans le but de mettre en scène ce que nous pouvons qualifier de parodie de souffrances des corps et âmes noirs sans voix. Or, nous avons une voix, depuis des siècles, et celle-ci n’est pas entendue. Il est plus agréable de s’aménager un contact plus confortable, le tout en prétendant, voire en étant persuadé·e, d’être progressif et subversif. Nous cherchons encore le progrès et la subversion dans l’objectification et l’exploitation de corps et représentations noires.

.

Exhibit B n’est que la pointe de l’iceberg que nous tendons à perdre de vue tellement il est près. Il fait partie de tout un florilège d’œuvres où « les noir·e·s sont parlé·e·s, regardé·e·s, caricaturé·e·s par des blanc·he·s pour le plaisir ou la culpabilité des blanc·he·s mais ne sont jamais les sujets agissants des metteurs·euses en scène qu’illes servent » comme l’évoque notre amie Amandine Gay. Il suffit de jeter un œil aux films, comédies musicales etc. sortis ces dernières années pour se rendre compte à quel point ce constat est prégnant. En 2014 et pour encore un très bon moment semble-t-il, nous sommes toujours « des objets d’études ou d’émoi pour les blanc·he·s ». C’est pour cela que nous devons continuer à affirmer haut et fort que nous ne voulons servir à de telles fins. Nos mémoires, nos expériences, nos représentations, nos émotions, nos luttes, nos corps, nos vies sont nôtres. Générations après générations nous devons continuer à maintenir cette affirmation envers la violence des récupérations, détournement, instrumentalisations et exploitations en tous genres. Cette domination blanche se perpétue, se diversifie, se camoufle, se déguise, se transfigure. Elle veut se faire invisible, se noyer au plus profond de la culture, voire du folklore. Nous ne pouvons nous taire car il en va de notre survie en tant qu’êtres voulant l’autonomie, l’autodétermination, l’intégrité et la dignité.

Over 200 Protesters claimed victory yesterday as South African artist, Brett Bailey's 'human zoo' was cancelled.
Over 200 Protesters claimed victory yesterday as South African artist, Brett Bailey’s ‘human zoo’ was cancelled.

 .

Si vous souhaitez vraiment rendre service, que cesse la confiscation systématique des paroles et productions noires et le fantasme de celles-ci par des blanc·he·s. Si les artistes blanc·he·s souhaitent être des allié·e·s, pourquoi ne commencent-t-illes pas par regarder leur histoire coloniale et eulles-mêmes dans le miroir au lieu de nous utiliser ? Il est bien là le problème, le refus de regarder le pouvoir oppressant dans les yeux. Il est plus simple de poser le regard sur l’autre, l’oppressé·e, dans des conditions arrangées, faisant abstraction de la deuxième partie du rapport de force. C’est pour cela que le colonialisme et l’histoire coloniale restent des sujets évacués, que l’apport du colonialisme dans les richesses des états dans lesquels nous vivons et le maintien du capitalisme est tabou, que le racisme n’est toujours pas compris comme un produit de la suprématie blanche et que sa dimension systémique est niée pour être ramenée à une question d’intention individuelle niant également toute une partie des expression qu’il peut revêtir. Il est plus simple de soutenir une continuité. Il est plus simple de continuer à nous poser, nous fantasmer, en exotique et de revendiquer le droit de le faire dans une idée de liberté d’expression et de faux progressisme. C’est dans un contexte où on nous martèle le mot « intégration », qui veut surtout dire « assimilation maintenant » dans une pression à l’acculturation, qu’on nous présente l’énième spectacle visant à satisfaire sur les dites cultures, mémoires et expériences des personnes à qui on martèle ce mot. Nos souffrances ont tellement peu d’importance qu’il est possible d’utiliser des épisodes parmi les plus sombres de notre histoire et mémoire dans un projet d’art. Nous reprenons les mots de notre amie Anette Davis qui exprime très bien ce que nous ressentons dans le cas d’Exhibit B :

« La dignité, celle qui s’inscrit dans les livres d’Histoire, on l’a dérobée à nos ancêtres, on nous la refuse toujours des siècles plus tard et on prétend vouloir honorer notre mémoire en transformant l’épisode le plus traumatique de notre Histoire en divertissement pour les masses. De la même manière qu’il est très tentant et quasi irresistible de s’approcher des lieux d’accidents violents et sanguinolants, les blancs semblent fascinés par les details les plus sordides des procédés de déshumanisation que nos ancêtres ont subi, au point de les remettre en scène, encore et encore, sans que celà ne bénéficie aux noir-e-s de nos jours. Si l’on voulait vraiment rendre justice à notre histoire, les noir-e-s apparaitraient dans les livres d’histoire comme les inventeurs, les guerriers, les scientifiques ou les monarques qu’ils ont été mais ce type de contribution est ignoré. Il n’y a aucune coincidence dans le fait que la seule manière dont l’homme blanc croit pouvoir rendre hommage à notre Histoire soit en nous remettant les chaines et muselières qui ont marqué la fin de la dignité nègre dans l’Histoire. »

.

.

En finir

.

C’est pour tout cela que nous supportons le boycott. Nous ne nous attendons pas à un bouleversement mais nous ne pouvons supporter que cela puisse se passer en toute souplesse, dans le plus grand silence des applaudissements. Il nous semblait inévitable de poser des mots sur ce que nous prenons en pleine face. Nous n’avons pas besoin de Bailey pour nous raconter notre histoire ni pour nous faire comprendre qu’elle est choquante. Nous n’avons pas besoin de subir la fétichisation de l’esclavage et de la souffrance noire.

Nous n’avons pas besoin d’aide pour faire la narration, pour mettre en lumière les liens entre hier et aujourd’hui. Des noir·e·s l’ont fait et continuent à la faire. Par nous, pour nous.

A powerful image from recent ‪#‎FergusonFriday‬ solidarity protests ! Demonstration at the University of Pennsylvania, 10/24/2014
A powerful image from recent ‪#‎FergusonFriday‬ solidarity protests !
Demonstration at the University of Pennsylvania, 10/24/2014

Que nos détracteurs·trices continuent d’affirmer que nous serions trop sensibles, sous-entendant qu’il ne faudrait pas l’être, est le reflet de cette ignorance, ce déni et cette dévalorisation de la souffrance et des émotions noires. Oui nous sommes sensibles à ce que nous vivons, parce que personne ne le sera à nôtre place, et nous observons le présent  et l’avenir d’un regard inquiet et vigilent. Nous sommes sensibles à la violence systématique envers nos familles, nos ami·e·s, nos communautés, notre génération… Aînées de nos familles, nous sommes une fois de plus horrifiées par ce qui est imposer à nos frères et soeurs. Nous osons à peine imaginer ce que l’annonce de ce spectacle représente pour les membres de nos familles et nos ami·e·s en Afrique et dans les Caraïbes. Et en ce qui concerne les noir·e·s ici, nous avons déjà développé notre opposition et pointé l’incohérence de la persistance et protection d’une telle pratique. Que l’art et la rémunération de Bailey passent avant tout cela nous est insoutenable.

Usées à l’exercices, nous nous attendons également à un retournement nous désignant comme les porteuses de la main agressante ou les éternelles victimaires sans dignité. A cela nous répondons par une citation de notre ami Jõaõ Gabriell :

« Une des manières de nous maintenir en bas : nous faire avaler l’idée que dénoncer le racisme c’est se victimiser et que se taire est digne. »

 .

#BoycottHumanZoo

.

.

Po Lomami & Mrs Roots

Ajout : Voici un reportage sur le rassemblement contre Exhibit B à Paris le jeudi 27 novembre
(par Amadine GAY (qui interpelle) et Enrico BARTOLUCCI)

flics exhibit B
St-Denis quadrillée par 2000 policiers.

.

.

.

AUSSI :

Sara Myers : My challenge to you is…SAY NO TO EXHIBIT B – A HUMAN ZOO


.

Deep Racism: The Forgotten History Of Human Zoos

Exhibit B, the human zoo, is a grotesque parody – boycott it

The Human Zoo and the Masturbation of White Guilt

La campagne Boycott Human Zoo UK et sa pétition qui ont permis la fermeture en Angleterre

Sur l’animalisation perpétuelle des personnes noires : Je suis un-e animal

Exhibit B : le zoo humain ne doit pas être soutenu par de l’argent public!

Pétition ICI

Publicités

8 réflexions sur “#BoycottHumanZoo II : à la culture de notre servitude”

  1. Au centre 104 à Paris, samedi 8 novembre à 15h30, dans le « café caché » (qui est dans le 104 à côté de l’entrée Rue d’Aubervilliers) aura lieu une deuxième réunion de coordination pour planifier un ou des évènements de protestation devant l’expo s’ils n’annulent pas avant.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s