Mot d’une concierge de la pensée : le rappel ou la rupture · 5. Payer votre balai et faire votre besogne

Explication du coup de clavier ICI

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Mot d’une concierge de la pensée : le rappel ou la rupture

1. Sur le paillasson

2. Balayer notre colère, astiquer notre ton

3. Notre mauvais vocabulaire

4. Vos bonnes intentions et opinions blessées

5. Paie ton balai et fais ta besogne

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Les bon·ne·s noir·e·s sont souvent dans les livres et mort·e·s. Illes sont passé·e·s, loin, bon·ne·s, inoffensif·ve·s. Les mauvais noir·e·s, c’est maintenant, illes peuvent sortir de partout, les gens bien ne sont pas comme eulles, les bons noir·e·s ne sont pas comme eulles. N’est-ce pas ?

Il est temps, genre vraiment temps quoi, 2014 just sayin, d’arrêter de penser le racisme comme un problème de racisé·e·s, la négrophobie comme un problème de noir·e·s. Vous nous regardez, vous parlez de ce qu’on pourrait ou devrait faire pour améliorer nos existences. Vous parlez de programmes, de projets, de vos ambitions pour nous. Vous nous dîtes qu’on ne saisit pas les opportunités que vous nous tendez gracieusement. Vous voyez, vous faîtes du racisme notre problème, vous nous en rendez responsable. On pourrait presque croire que ce sont les noir·e·s qui ont inventé le racisme mais n’arrivent pas à le gérer alors vous venez nous sauver. Mais le racisme est un problème pour les racisé·e·s. C’est un problème de blanc·he·s qui affectent les racisé·e·s. C’est est un problème de suprématie blanche pour les racisé·e·s. Quand est-ce qu’on commence à en parler sérieusement ? Quand est-ce qu’on regarde l’ensemble du tableau, et pas juste le·la pauvre noir·e en bas à droite ?

 

La réalité des races est asymmétriques.  On peut en soit dire que des personnes sont plus racialisées que d’autre. Ces autres, ce dont on ne parle pas, ont l’illusion d’être neutre, d’être sans race, d’être universel, parce qu’illes correspondent à la normalité, à la norme. Penser la race, c’est d’abord se situer dans un contexte, ne pas prétendre y échapper ou être omniscient. Il est temps que vous vous situiez. Que vous fassiez cette démarche. Rien dans notre système ne vous pousse à vous demander qu’est-ce que c’est qu’être blanc, quand la question de la condition peut être présenté comme un sujet intellectuellement intéressant, presque comme un hobby pour vous quand il s’agit de nécessité de survie pour nous. Rien dans notre système ne vous encourage en tant que personne blanche à vous questionner sur votre place dans la société parce qu’elle va de soi. On peut tracer des parallèles pour la question masculine, cisgenre, bourgeoise, valide etc. Poser la question blanche, comme la question noire, c’est poser une question sociale et sa construction.

Être blanc·he, ça signifie en premier lieu ne pas devoir faire face à la discrimination comme les non-blanc·he·s, les racisé·e·s. C’est occuper une certaine place sociale dans une hiérarchie structurelle et culturelle. C’est occuper un certain rang social, socialement construit. La question raciale donne lieu à des souffrances sociales. La suprématie blanche, et le racisme qu’elle produit, n’a jamais eu pour but de produire des racisé·e·s qui soient fonctionnel·le·s, autonomes. Elle n’a jamais eu pour but de nous faire comprendre la politique et l’économie qui bénéficient de nos situation ni celles que nos prédécesseurs·ses ont pu réaliser à travers leurs luttes. Elle n’a jamais eu pour but de nous mettre en lien avec les dynamiques internationales, qu’elles soient politiques, économiques ou culturelles. Il y a une atteinte directe, pernicieuse et invisibilisée à notre survie. C’est un système où nous devrions nous satisfaire du moins qu’on nous donne en nous inondant d’une idéologie qui nous dit que nous sommes moins. Et donc que vous êtes plus. Là où se crée discrimination, se nourrit privilège et confort. En ça le racisme nous affectent tou·te·s mais certainement pas de la même façon non. Dire que vous savez ce qu’on vit c’est non seulement effacer ou diminuer nos réalités mais en plus nier les privilège dont vous bénéficiez, que vous le vouliez ou non.

 

Si on recontextualise, le racisme est un problème blanc pour les non-blanc·he·s. Le racisme est d’autant plus visible quand il y a contact avec des personnes non-blanc·he·s qui aspirent à l’égalité, qui s’expriment et se pensent en ces termes, qui se comportent comme des personnes égales. Si on peut et doit parler de la condition noire pour mettre en lumière la négrophobie, on doit aussi parler de la condition blanche parce qu’elle est indissociable. Mais il existe une résistance forte voire violente à poser la question blanche. Même le qualificatif « blanc » reste tabou. « Blanc » est meêms compris comme une insulte par beaucoup. On peut dire « noir » mais pas « blanc ». L’employer signifie prendre le risque d’être qualifié·e de raciste anti-blanc·he. Or le racisme, son expression systémique et ses répercussions dans les relations individuelles sont loin de correspondre à ce supposé racisme anti-blanc. Il est même invraisemblable et indécent de faire égaler ces réalités. C’est une stratégie, consciente ou non, pour ne pas tenir compte des privilèges pour lesquels les discriminations existent. C’est une autre façon de dire qu’il n’y a pas de différence entre les blanc·he et les noir·e·s, ce qui est vrai sur de nombreux points mais ne se vérifie pas en termes d’inégalités sociales. Balayer cette dernière considération n’est pas cohérente avec une démarche anti-raciste. Cela témoigne d’une situation inacceptable où l’universel est particularisé et où la personne privilégiée et dominante n’est jamais pensée, représentée. Cette réalité demeure insupportable pour beaucoup mais au lieu de l’analyser, la déconstruire et travailler à sa fin, on est face à un levier de bouclier pour la maintenir taboue et par la même occasion la garder intacte, la protéger. Ce déni est écœurant et désespérant.

« Cela s’est reproduit au MRAP, dont j’étais membre et que j’ai fini par quitter, où l’on m’a plusieurs fois accusé de racisme ou de dérive ethniciste pour avoir simplement constaté – et problématisé – le fait que les assemblées du MRAP sont quasi-totalement blanches. On dit que lorsque le sage montre la lune, le fou regarde le doigt, et j’ai en l’occurrence la prétention d’avoir été le sage : j’ai pointé du doigt une discrimination systémique flagrante à l’encontre des non-blancs (le fait qu’ils sont non-représentés ou sous-représentés, y compris au sein d’une association antiraciste), et mes adversaires au sein du MRAP ont été les fous qui regardaient le doigt en me répondant très sérieusement que c’était moi le raciste – raciste contre les blancs présents dans la salle.

Voilà donc ce que j’appelle le second mal-être blanc : il existe une catégorie de blancs qui sont prêts à faire des efforts de solidarité avec les non-blancs, mais qui ne supportent pas que soient contesté leur privilège, leur monopolisation de la juste cause antiraciste, ou en tout cas qui ne supportent pas d’être qualifiés de « blancs ».»

Tevanian (2008), « La question blanche – Le mal-être antiraciste »

Cette place que vous attribue la soticiété, vous avez le choix e la vivre de différentes façons. Comme je le dis souvent autour de moi, les privilèges sont là, mais en attendant de les faire tomber tout comme les discriminations, qu’allez-vous faire de vos privilèges ? Parce qu’en tre-temps, nous, on a besoin que les choses avancent. Cela implique donc de prendre conscience de la condition blanche, de sa place sociale, de ses privilèges et de sa construction sociale. Cette conscientisation  soit au cynisme et l’indifférence, soit à la mauvaise conscience et la culpabilité soit à l’action antiraciste en tant qu’allié·e comme l’explique Tevanian (2008). La culpabilité blanche ne nous sert pas à grand-chose en termes de changement et de progrès. Elle ne sert en rien nos intérêts, notre lutte. Elle est un temps-mort. Oui, les personnes coupables de violences, discriminations, morales, physiques, matérielles, culturelles, individuelles ou structurelles doivent être tenues pour responsables.  Cela n’empêche que ça ne donne pas d’impulsion pour que vous vous mobilisiez et impliquiez dans la lutte antiraciste. Nous voulons non seulement des blanc·he·s conscient·e·s, mais aussi traitre·sse·s. Des traitre·sse·s qui veulent la fin de leur privilège, de notre discrimination et le système sur lequel ils se fondent. C’est la clé pour être conscient·e tout en étant ni dans la mauvaise conscience ni dans l’impuissance et soutenir l’émancipation et l’autonomie des non-blanc·he·s. C’est prendre conscience de sa place sociale et travailler à sa transformation.

© Maonghe M.
© Maonghe M.

Les privilèges sont là. Qu’en faîtes-vous ? Votre soutien, votre implication sont-ils devenus le vol du leadership et la mainmise sur nos paroles, représentations et productions ? Est-ce que votre statut d’allié·e s’est finalement dispensé d’une évaluation au regard de vos actions pour laisser place à la complaisance, le prestige, le confort du grade de juste à admirer et remercier ? Ce rappel doit aussi mentionner que votre place n’est pas censée être acquise pour toujours. Avez-vous noyé la remise en question ? Il n’y a pas de siège gratuit. Et il est temps de descendre de la posture de sauveur·euse indéfiniment vénéré·e. Ça se passe dans votre tête, pas dans nos réalités.

exhibit fantastique

Mais je fatigue… Et ça c’est votre boulot.

6. Ou la rupture

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