Mot d’une concierge de la pensée : le rappel ou la rupture • 1. Sur le paillasson

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Mot d’une concierge de la pensée : le rappel ou la rupture

Sur le paillasson

 

Premièrement, je ne suis politiquement pas d’accord avec ce que je m’apprête à faire. Enfin, ce que j’ai essayé de faire pendant plusieurs jours. Des dizaines d’heures cumulées à réfléchir à comment le dire et pourquoi le dire, si ça en valait toujours la peine. Je ne suis politiquement pas d’accord avec le fait que je me retrouve dans une position qui me pousse à passer tout ce temps à faire un long texte explicatif pour vous alors que je pourrais allouer ce temps et cette énergie à autre chose, genre nous. Je ne suis pas d’accord avec ça. Pendant des jours et des jours j’ai essayé après d’écrire un texte et ça avait bien commencé. 5 pages le premier soir, 4 pages le suivant et puis ça a fini en 2 phrases par soir. Et hier soir en rentrant du boulot à 20h passées,  je me rends compte que je suis politiquement contre ce que je tentais de faire. Alors j’ai tout effacé. Corbeille. Vider la corbeille. Ok.

J’ai effacé ce qui tentait de ressembler à un texte bien comme il faut, qui sentait un peu trop l’académique ou la tribune du Monde.

Mais quoi alors ? J’en sais rien. Je m’en fous là maintenant tout de suite.

Le truc c’est que ce n’est ni un devoir, ni un boulot. Sur mon petit blog personnel, je touche que dalle pour écrire, je n’ai pas de projet à défendre, je n’ai pas d’image à faire valoir. J’ai rien à sauver ou protéger. Ce n’est pas demain que j’aurai une carrière. J’ai largement miné mes opportunités, si on peut appeler ça comme ça, en disant, et en le disant trop fort, mes analyse et positions politiques. Il n’y a pas de perspectives de m’élever au-dessus du seuil de pauvreté dans les semaines à venir.

Alors comme il n’y a rien à gagner, ni à perdre, pourquoi se mettre des normes et validations dans la gueules ? Pour rien.  Il n’y a pas de grâces à attirer, il n’y a pas de regards approbateurs à décrocher.

Dans cette histoire d’Exhibit B, il y a eu beaucoup de choses, trop de choses, et surtout rien. Rien de nouveau, rien qui me montre que la société progresse. Rien. Enfin, ce n’était pas rien, c’était la répétition du répétitif. Contrairement à ma première entreprise qui a été désintégrée de la corbeille, je ne vais pas décortiquer ces événements, beaucoup de gens ont déjà écrit et parlé là-dessus et le feront encore semble-t-il. Par contre, je ne peux pas passer à côté de la condescendance, du paternalisme et du mépris que l’on est nombreux·ses à s’être pris·es. Et j’avoue que même si je sais que c’est habituel, ça reste très choquant. Je ne digère pas. Exhibit B, c’était l’exemple même de tout ce qui ne va pas, étape par étape, point par point, jour après jour. C’est l’exemple poussé à ses limites, tellement obvious qu’on a du mal à y croire. Du mal à croire qu’on en soit toujours là à l’approche de 2015. C’est le torrent qui fait déborder le vase comme je disais. Parce qu’on n’est pas dans le matériel absolu. On est dans le symbolique, le culturel, l’historique, la mémoire. Et on a pu voir à quel point notre symbolique, notre culturel, notre historique, notre mémoire ne nous appartiennent pas. Sur ces mêmes plans, compris comme directement ou indirectement non matériels, on nous les prend, on les récupère, on en fait du bénéfice qui ne nous concerne pas. Et cela est soutenu et permis à travers des procédés bien physiques et matériels eux. J’ai vu qu’on ne nous laisserait aucune chance, sur rien. Qu’on ne nous laisserait rien. Rien du tout. Surtout pas la dignité, l’intégrité, l’autonomie, l’autodétermination.  Surtout pas.

J’ai aussi vu et lu beaucoup de personnes qui sont très loin. Genre loin tu vois. Genre loin entre leurs bonnes intentions et nos réalités. Genre trop loin pour être sauvées, me suis-je dit.  Sauf que ces personnes détiennent aussi notre pouvoir de représentation. Plus précisément, elles nous empêchent ce pouvoir et prétendent le faire pour nous pour notre bien. J’ai lu, entendu et vu ça partout. C’est trash. C’est le moment où tu te dis que c’est mort pour toujours, on change juste l’emballage, des chaînes plus bling bling ou matelassées. C’est un peu comme si tu avais été enchaîné·e dans une cage pendant longtemps et que tu te devais de te réjouir qu’on t’ait retiré tes chaînes. Et c’est tout. Faudrait pas trop en dire sur la cave tu vois. T’y restes. C’est pour ton bien. Tu vois c’est cool, on est du même côté, on a les mêmes objectifs, on est pareil·le·s. Ce genre de bullshit que tu entends encore aujourd’hui alors que t’es née en 1989. Il y avait moyen quand même d’avancer un peu niveau conception de la vie, des autres, des noir·e·s. Genre, plus loin que la surface, non ? Non.

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Ma besta Po B. K. Lomami en pleine page dans Libé contre Exhibit B. © Vincent Palliez

Il s’est passé un truc surprenant avec Libération. Déjà, c’était totalement improbable. Trop de questions qui ne peuvent être bâclées, j’ai pondu 6 pages qui ont été raccourcies à deux pour la publication. Mais cela restait fidèle aux idée soulevée dans le texte original (et ça, j’en suis très contente (c’est triste), parce que ce n’est pas toujours le cas). L’impression qui n’en restait pas grand-chose mais en fait c’était déjà trop face à l’avis contraire d’Agnès Tricoire de la page suivante, «Les mêmes moyens obscurantistes que l’extrême droite catholique». Rien compris. Cette obstination à nier l’affaire, à se protéger, à lever les bouclier et à utiliser les grand mots qui font peur (censure) ou qu’il faut à tout prix protéger (liberté d’expression) pour bien balayer d’un revers de la main le vrai problème, la vraie blessure, la vraie hypocrisie. Comme si nous avions leur pouvoir, comme si la censure pouvait être décidée à notre niveau, comme si la liberté d’expression des personnes en situation dominante était menacée, par nous. What a joke. Ces méchant·e·s nouares tellement dangereux·ses. Mais faut les sauver d’eulles-mêmes parce qu’on est antiracistes. Pour ne pas admettre qu’il s’agit de protéger des privilèges et les sauver du regard. Les privilèges, c’est plus savoureux quand on n’en parle pas. D’ailleurs, les dire c’est raciste voyez-vous, parole d’antiraciste bienveillant.

Et donc voilà que je m’étale et me perds dans ce système si bien huilé qui te dit ‘fuck ta race’ mais dans le respect tu vois. Mais il n’y a pas d’issue. Donner du temps aux bienveillant·e·s me fait royalement chier, parce qu’illes m’auront donc vraiment pris ça aussi. Prix. La fermer m’empêche de dormir, m’angoisse, me donne envie de me barrer loin, ce que je n’ai pas les moyens de faire. J’ai une farde entière d’articles de presse, d’articles de blogs et sites personnels, de lien vers des vidéos, des posts et discussions facebook et twitter, de photos etc., genre je l’ai fait vraiment consciencieusement. Mais ça m’a grillé le cerveau.

La colère, ça peut épuiser, le désespoir par contre ça tue. Alors je ne sais pas. Je me dis peut-être qu’il faut juste [Mode innocence : ON] rappeler des choses, genre ça va aller. Par contre si ça ne va pas, c’est juste la rupture qu’il nous reste. La rupture pour ne pas mourir, matériellement, culturellement, spirituellement, psychologiquement… Sauf que j’ai pas envie de faire un beau truc propre qui pourrait me donner le label approbateur de « et mais elle peut penser des trucs même si c’est un peu obscurantiste ».

Concierge de la pensée. Le terme qui m’a le plus marqué. En fait le seul, les autres c’est peace normal. Concierge de la pensée. Une bonne louche de classisme, d’élitisme pour bien nous faire comprendre qu’on n’est rien, qu’on ne comprends rien parce qu’on a pas les moyens de comprendre et parce que comprendre c’est être comme eulles. Et surtout, bien faire de cette profession une insulte en toute souplesse. Je vais être honnête, ça m’a énormément blessée. J’en ai tremblé, j’ai halluciné. Le mépris paternaliste. Il a fallu un peu de temps, pour finalement me dire qu’en fait c’est bien trouvé. Concierge de la pensée. De ta pensée en fait. On tourne autour, on ne peut pas y accéder parce qu’on ne le vaut pas trop quoi. C’est ce que tu vois. Alors qu’en fait, nous on a une idée très claire de cette pensée autour de laquelle on nous oblige à tourner en rond, mais aussi de tout ce qui n’est pas dans cette pensée. Concierge ? J’avoue. On est placé·e·s pour la protéger, la rendre bien propre ta pensée. Tu nous as acheté un beau balai pour qu’on envoie chier nos considérations. Et là en fait je suis sur le paillasson à me demander si je devrais sonner à la porte pour avoir une petite discut ou si je devrais juste me casser sans prévenir.

Ouais donc je vais écrire un truc d’une traite. Et puis si c’est mort, bah c’est mort. On va séparer nos routes (M.L. – Cases Rebelles). C’est tout. Parce que la concierge, elle va se barrer. Elle ne peut plus rien pour ton tourisme savioriste.

Je rentre à nouveau du boulot. On est samedi 13 décembre, il est 21h07. Allez, c’est parti pour une nuit de folie en mode marathon. Des mots et des photos. Et des captures d’écrans aussi, c’est cool. Des gens qui n’ont pas de grandes tribunes. Et les citations, genre sœur Lorde. On va écrire d’une traite et appuyer sur le bouton publier. Et puis on verra pour les fautes (l’after quoi). Ou pas. Parce que je bosse demain.

Ce n’est pas à propos d’Exhibit B. C’est au sujet d’Exhibit B et tout le reste, genre la vie avec vous.

Rappel en X parties donc. Attention les yeux.

Manifestation #ContreExhibitB devant le @CentQuatre #PARIS 07 décembre 2014 © Maonghe M.
Lampe aveuglante visant les objectifs des photographes et vidéastes pourles empêcher de travailler.
Manifestation #ContreExhibitB devant le @CentQuatre #PARIS 07 décembre 2014
© Maonghe M.

Balayer notre colère, astiquer notre ton

Notre mauvais vocabulaire

Vos bonnes intentions et opinions blessées

Paie ton balai et fais ta besogne

Ou la rupture

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