Mot d’une concierge de la pensée : le rappel ou la rupture • 4. Vos bonnes intentions et opinions blessées

Explication du coup de clavier ICI

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Mot d’une concierge de la pensée : le rappel ou la rupture

1. Sur le paillasson

2. Balayer notre colère, astiquer notre ton

3. Notre mauvais vocabulaire

4. Vos bonnes intentions et opinions blessées

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Ce truc qui écœure. La nausée.

Il vous est difficile de vous imaginer à la même table que les racistes. Tant mieux, parce que ça devrait vous aider à comprendre notre propos au lieu de le nier.

Quelle est la différence entre un « mais on ne peut plus rien dire » venant d’une personne raciste qui véhicule des expressions négrophobes et un « mais la liberté d’expression » venant d’une personne se disant antiraciste qui véhiculent des expressions violentes pour les noir·e·s ? L’intention ? Oui l’intention. Qu’est-ce que ça change ? Pour nous, rien. C’est une violence de plus qu’on veut en plus qualifier de bénéfique pour nous. La différence elle existe, rassurez-vous. Elle existe pour vous. Elle se trouve dans ce que vous faîtes pour satisfaire votre conscience ou cibler un public où notre place n’est même pas pensée.  C’est pour vous, pas pour nous. Mais concrètement, pour nos existences à nous, en quoi un antiracisme qui ne se distancie pas des schémas racistes que nous connaissons au quotidien fait une quelconque différence. Ça ne me soulage pas. Ça réveille en moi une émotion qui oscille entre colère et désespoir. Colère quand j’attends malgré tout quelque chose de vous, une prise de conscience, pour que vous soyez réellement des allié·e·s. Quand j’y crois encore. Désespoir quand je n’y crois plus, quand j’ai juste envie de partir loin d’ici, de vous, de tout. Parce qu’il n’y a plus rien à espérer.

 

Nous vous avons déjà dit que nous sommes noirs. Nous l’avons dit, démontré, analysé. Nous l’avons crié. Et vous continuez à vouloir nous le dire, ou le dire à notre place au lieu de regarder qui vous êtes et votre place dans ce système. Alors commencez par vous regarder, nous avons fait notre part du boulot il y a longtemps. Et quand vous aurez fini, ou quand vous aurez un peu de temps, soutenez-nous dans nos actions pour dénoncer et démonter la négrophobie.

 

« Nous devons accepter que nous sommes privilégié•e•s en tant que personnes blanches, et que par nos actions ou inactions nous participons à bénéficions des privilèges de race et de classe (si nous sommes en plus de classe moyenne-supérieure) dans cette société, intentionnellement ou non. ».
Russo (1991) dans Caygill & Sundar (2004), « Empathy and Antiracist Feminist Coalitional Politics »

Il faut d’abord reconnaître votre implication, volontaire ou non, consciente ou non, dans ce système et non seulement nous regarder nous débattre pour ensuite rejeter le statu quo et démonter avec nous cette suprématie. C’est d’une nécessité criante car le racisme dessine nos vies de façon violentes, oppressive et répressive mais aussi les vôtres de façon avantageuse et normalisée. Ce changement doit se faire sur une multitude de point, y compris l’accès et le leadership. Votre sympathie m’étouffe. Votre empathie ne suffit pas si vous tenez par ailleurs à garder pouvoir et contrôle, privilège que vous donne la suprématie blanche. Nous n’avons pas besoin de votre condescendance, pitié ou arrogance. Nous avons besoin de changement. Votre empathie telle que vous l’exprimez se résume à vous imaginer à notre place, mais vous n’y êtes pas.

 

Il est également temps d’arrêter de demander aux personnes cibles d’oppression et discriminations de vous comprendre et d’exprimer gentillesse. Ce n’est pas leur job, ce n’est pas la priorité, c’est une façon de recibler une lutte sur vous-mêmes, vous non-concerné·e·s par la violence qu’elle conteste. Vous leur demander de se mettre à votre place et d’être désolé·e·s pour les privilèges que vous subissez. C’est totalement indécent. Vous ne pouvez pas faire égaler nos expériences de la négrophobie, ce que vous tentez de faire en nous disant « je sais ce que tu ressens ». Non seulement c’est nier vos privilèges et donc la structure suprématiste de nos sociétés, mais en plus c’est diminuer, voire effacer l’expérience des personnes marginalisées. C’est répéter des procédés consistant à coloniser, s’approprier ou effacer, procédés que nous connaissons que trop bien dans nos vies. Cet acharnement à vouloir vous mettre et parler à notre place devient insoutenable. Il faut que nous soyons tou·te·s indigné·e·s, oui. Mais cela ne signifie pas nous effacer pour vous accaparer un vécu qui est nôtre.

 

Ne passez pas à côté du travail d’analyse qui est urgent et nécessaire. Qui doit être total. Ne méprisez pas notre travail d’analyse, aussi diverse soit-il, qu’il corresponde ou non à vos codes. Nous ne voulons plus de cette mainmise,  de cette injonction à répondre aux normes discursives sous peine de voir toute expression, notre expression, disqualifiée. C’est l’analyse qui nous permettra une meilleure compréhension du piège inextricable que la société nous tisse, une meilleure compréhension du pourquoi de ces expériences de l’oppression. Nous avons besoin d’analyse et de passion, d’indignation et de colère pour faire bouger les choses. Votre condescendance est un terme pur et simple à ce projet, de vous accaparez notre énergie, celle qui devrait être allouée à notre lutte, à notre survie matérielle et psychologique.

 

Alors pendant que vous fantasmez notre essence, pendant que vous voyez notre beauté dans l’esthétisation de nos souffrances et humiliations, pendant que la condamnation à souffrir s’abat toujours sur nous, qu’elle vienne des racistes ou de votre genre d’antiracistes, pour vos intérêts je n’ai qu’une chose à dire : tant que vous nous retirerez notre parole, vous vivrez sous la crainte de violences qui ne sont que résistance à celle que vous nous infligez. Nous refusons de correspondre à un système et aux institutions qui sont bâtis pour nous exclure ou pour nous réduire, asservir, domestiquer. Et nous sommes plus fort·e·s que la pitié et le sensationnalisme que vous déversez sur nos vies, sur nos expériences. (Et en écrivant ceci j’ai une pensée intense pour toutes les personnes qui nous précèdent, et celles aussi qui nous succèdent, et qui ont contribué à ce qu’on tienne nos voix bien haut aujourd’hui et demain.) Votre narration de nous n’est que votre plaisir. Tant que vous aurez peur de nos résistances et productions au lieu de les considérer enfin comme le cœur du changement, vous serez à cette table des personnes qui nous maintiennent sous l’eau. Quand vous n’avez plus que les CRS pour faire taire et pour défendre vos intérêts, sûrement pas les nôtres même si vous vous acharnez à le répéter, vous vous positionnez encore comme les victimes d’une violence inacceptable. Et pendant que le sang coule sur le trottoir, vous vous évertuez à matraquer votre message « vous ne comprenez pas ». Vous êtes violence. Vous êtes violence raciste. Et vous vous appelez défense de l’ordre public, défense de la liberté d’expression. Vous êtes un faux langage.

 

exhibit gabriel

Les bons sentiments ne sont pas les faire-valoir de la valeur, la légitimité, la qualité de vos actions. Va falloir vous en remettre, parce que nous, pendant ce temps-là, on en bouffe et rebouffe. Que vous rameniez votre qualité d’allié·e à vos bons sentiments, à vos bonnes intentions n’est qu’une preuve de plus que votre implication s’arrête à votre confort. Que vous ne vous souciiez pas de la façon dont vous traduisez ces intentions nous démontre toute la considération que vous avez pour nos existences. Que vous agitiez la carte « liberté d’expression » et les CRS qui la « protège » quand on vous interpelle là-dessus nous rappelle schémas suprématistes et leurs déguisements ainsi que toute la violence qu’ils représentent.

flics exhibit B

En fait, on s’en fout de vos bonnes intentions là, pour ce que ça vaut. Et on n’en peut plus que vous nous les ressortiez même pas pour tout excuser, on en est plus là, mais pour tout justifier, valider, légitimer. Et nous dire de fermer nos gueules sur nos vies. Vos bons sentiments s’en chargent.

C’est une attitude choquante, malsaine et oppressante.

 

PS : l’argument, je ne suis pas raciste, je couche avec une femme noire, c’est la version trash de « je ne suis pas raciste j’ai un ami noir ».

5. Paie ton balai et fais ta besogne

6. Ou la rupture

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