Ni terreur, ni récupération

Principe du coup de clavier ICI

Jeudi 8 janvier à 00h12, sur le coup, après avoir appris les événements et essuyé les injonctions au boulot et sur la toile. Après la fusillade, beaucoup ont voulu utiliser l’injonction « Je suis Charlie » pour décréter les personnes qui s’opposent la ligne éditoriale de Charlie Hebdo co-responsables des meurtres.

 

Ni terreur Ni récupération

Je voulais nier mais c’est pas possible, ça m’échappe.

2 injonctions formelles reçues IRL, et refusées, cette aprem pour tester mon « humanité ». Et sans surprise, nombreux·ses ont subi le test.

1) « Je suis Charlie »
Non, je ne suis pas Charlie. Je ne soutiens pas la rivière de représentations racistes, islamophobes, sexistes, putophobes… qui s’est déversée encore et encore. J’ai un catalogue qui défile dans ma tête. Avant ces événements, ce n’étais pas possible. L’après ne les rend pas plus acceptables.

2) Acheter le Charlie Hebdo du jour en soutien.
Non, je ne vais pas soutenir économiquement en ramenant chez moi une une avec Houellebecq et le reste de la crème. Hors de question.

Ces injonctions à l’unité n’en sont pas. C’est pas l’unité qu’on vend, mais un ultimatum. Il faudrait se solidariser à ce qu’est Charlie Hebdo pour prouver qu’on désapprouve ces événements. Qui peut pleinement embrasser « Je suis Charlie » comme cri de ralliement pour l’unité ? Charlie Hebdo, ça n’a jamais été l’unité. « Je suis Charlie », c’est piéger. C’est créer l’incompatible. Charlie Hebdo contribue à une pensée dominante discriminante à gauche, et au-delà, où la provocation primaire est prise pour de la subversion et dont l’impact est tantôt encensé sous l’étiquette « alternative », tantôt minimisé sous l’étiquette « humour » selon que ça arrange. Ce n’est sûrement pas mon ami politique. Charlie Hebdo n’est pas « un héro de ‘notre’ Europe » (Vlaams Belang, extrême droite, Belgique). Je ne suis pas Charlie. Je ne suis pas une nègre conne (oui, c’est Charlie). Et je ne vais pas acheter Charlie. Comment exiger d’accepter cela pour prouver qu’on n’approuve pas ces événements ?

Ni terreur, ni récupération. Y compris en ce qui concerne ces injonctions. Pas de justification de ces meurtres. Pas de sainte et attendue approbation publique et commune pour juger et condamner sur base du faciès ou de la croyance. Pas de bénédiction de la ligne éditoriale. Pas encore ces pièges.

Il n’y a aucune raison de se réjouir. C’est pas bon. A tous les niveaux. C’est une horreur. Et il n’y a pas lieu de récupérer, mais la machine est déjà en marche…

Ces événements, ce genre d’actions est fait pour nous empêcher de réfléchir. Isoler les faits et ne pas réfléchir au contexte, aux raisons, aux mécanismes et méthodes, aux stratégies, pour se contenter des prétextes. Sauf que ce n’est vraiment pas le moment d’arrêter de réfléchir.

Ne tournez pas ça en plan marketing.

La fusillade me glace. « Je suis Charlie » partout sur mon facebook m’échappe. L’après m’inquiète.

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A LIRE

« […] Pourquoi est-ce qu’aujourd’hui je ne me contente pas de compatir dans le silence dû au respect des morts ? Vous voyez, c’est parce que je ne peux pas mettre de photo de profil « Je suis Charlie » sur Facebook ou Twitter. D’une part parce que je peux compatir avec celles et ceux qui subissent à la violence sans avoir à m’identifier à elles et eux stricto sensu, sans avoir à gommer nos différences (notamment idéologiques, et Dieu sais comme elles sont grandes entre Charlie et moi, ce même Charlie qui a pris l’habitude de dessiner les femmes et les hommes noirs et arabes dans des postures animalières qui semblent tout droit sortis de journaux d’extrême-droite comme Valeurs Actuelles ou Minute), parce que je peux refuser la violence sans avoir à m’auto-infliger la violence symbolique d’effacer ma spécificité à partir de laquelle j’ai été identifiée toute ma vie (dans la rue, dans les médias, dans les ambassades, sur les bancs de l’école) et d’autre part, parce que même si je voulais dire « Je suis Charlie », dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, dans les prochaines années, quoi que je dise, quoi que je fasse, dans les conversations, dans les médias, dans les débats, dans les analyses, dans les décisions politiques, l’air du temps ne voudra et n’acceptera jamais de moi comme d’un citoyen comme un autre, et donc je ne serai jamais un « Charlie » comme un autre.

Je suis musulmane et c’est en tant que musulmane que je refuse l’effusion de sang, tout en refusant de marcher et de former une fausse union de circonstance avec tout un tas de gens qui dans les semaines qui suivent vont instrumentaliser ce qui vient de se passer pour monter d’un cran dans la violence du discours, de serrer la vis aux communautés « visibles », d’exiger des violations de droits fondamentaux au nom de l' »antiterrorisme ».

Je suis musulmane en Europe, et malgré le poids de ce bagage certains jours, j’en reste fière et j’agis en conséquence. »

Ines El-Shikh, « Je ne suis pas Charlie »

AJOUT

Ce dessin de l’artiste _lila* qui réaffirme que je suis ni Charlie ni ces actes terroristes.

_lila*

AJOUT

Mon pote Jean-Stéphane Therasse a répertorié une liste de texte ICI

AJOUT

Et sans surprise…

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2 réflexions sur “Ni terreur, ni récupération”

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