Merci, mais ça va aller.

Principe du coup de clavier ICI

Posté sur facebook  le lundi 2 mars à 22h54 ICI et reproduit ci-dessous.

Je voulais un texte bien construit et tout, mais en fait je suis épuisée et trop busy.

 

Nous recevons beaucoup de messages, emails, interpellations de toutes sortes depuis la conférence-débat Ouvrir la Voix « La parole des Afro-descendantes : entre paternalisme, confiscation et réappropriation » dans le cadre de la Semaine Décoloniale de Sortir du Colonialisme le 23 février 2015.

Des gens, blanc·he·s, beaucoup, ont réalisé qu’on existait, qu’on faisait des trucs, qu’illes n’étaient pas au courant et surtout qu’on ne leur avait pas demandé ni leur aide, ni leur avis.

Voici donc une réponse globale pour poser le tableau.

 

«

Bon rapidement parce que ça vire vraiment loin. On dirait un remake des décennies précédentes, celles qu’on a lues.
Donc message aux maîtresses et aux sauveurs qui « contactent » les meufs noires pour leur « bien » :

– On peut avoir un diplôme et ne pas être bourgeois. Même que ça devient plutôt normal avec la crise cette tendance, je sais pas si vous êtes au courant. Comme beaucoup j’ai grandi avec des parents qui place l’éducation comme l’issue à une situation difficile. J’ai grandi avec des tantines qui me coincent à la cuisine pour être sûre que je comprenne que le diplôme c’est le premier mari, c’est celui qui ne trompe pas. Vous voyez le genre ? Et le diplôme, ça n’a jamais été le remède anti-racisme. C’est espérer que les enfants vivent mieux. Donc non on ne s’égare pas. Vraiment pas. (Ah ouais, je le dis, il y a des noir·e·s qui ont des diplômes aussi, je sais pas si tout le monde sait, et qui sont politisé·e·s et pas content·e·s.)

– Des meufs noires peuvent avoir une présentation « très léchée » qu’elle soit physique/vestimentaire, médiatique, culturelle ou intellectuelle. Mêmes des noires peuvent se permettre de faire ça. C’est dingue.

– Il y a des meufs noir·e·s qui font ça et d’autres trucs sans avoir une thune à elle où sans en toucher pour le faire. D’autres en croisant les doigts pour que ça ne les enterre pas, parce qu’il faut le faire. Sans modèle économique Néolibéral CoporateTM. Mais ça encore ça paraît totalement invraisemblable.

– Aucune de ces meufs noires ne vous a demandé votre avis sur de nombreux éléments tels que : leur intelligence, leur présentation, leurs choix, leurs besoins, leur culture, leur place, leurs fréquentations, leurs aspirations, leur sexualité, leur profession (ou absence d’emploi), La FÂME Africaine, leur parcours militant, leur… liste beaucoup trop longue, tellement de créativité dans les propositions.

– C’est pas parce que vous vous rendez seulement compte que ces meufs noires existent qu’elles n’ont aucune expérience, compétence, réflexion. Les expériences militantes, artistiques, académiques, politiques, associatives, intellectuelles, médiatiques, professionnelles, sportives… et toutes les expériences de vie, parce que c’est une expériences de tout temps qui s’est bâtie, elles ne vous ont pas attendu pour les avoir. On touche pas de la fumée en fait. On en parle parce qu’on en vient et qu’on est partie. On n’a pas besoin des vos rumeurs-arguments parce qu’en fait on y était. Donc le complexe de supériorité, ça va pas le faire.

– Ce qui mène à dire que proposer VOS « conseils », « outils théoriques » etc. pour qu’on « réussisse » à VOTRE manière, cette manière qu’on a justement fui, bah c’est gentil mais ça va aller en fait. Les rappel à l’ordre aussi on s’en passera.

– Pour l’argument bonus que les femmes noires feraient doublon avec ce qui existe déjà, on parle bien de ce qui existe sans les femmes noires, parce qu’en fait on n’a pas besoin des femmes noires, enfin, on veut bien dans la photo celles qui restent à leur place right ? C’est ainsi que les gentils pseudo-allié·e·s veulent déjà prendre toute la place et tout étouffer. On vous connait vous savez. Sooooo many times. Et non, 2015 ne sera pas notre année.

– Ah ouais, la non-mixité. Non on va même pas essayer de répondre. Je me marre. Séparatisme-blabla. Et pour les accusations de manque de solidarité… Tchip (et mes 1000+ contacts savent que je tchip jamais, y compris God. Mais ça c’était avant.). On l’a attendue la solidarité quand on donnait la nôtre. On va juste aussi bosser un peu notre merde comme on peut, à notre échelle, avec ce qu’on a, entre les galères parce que personne ne le fera à notre place. Et c’est même mieux, parce que le résultat est souvent atroce quand il y a des tentatives de le faire.

– Cette formule revient souvent : je/nous reste/ons à ta/votre disposition. Drôle de façon de pratiquer cette disposition, parce qu’on a surtout l’impression que vous essayez de maintenir la nôtre. Je dis ça, je dis rien.

– Plus personne n’attend votre permission ou ne veut retourner dans votre demeure en fait. On est plus là et vous vous en rendez seulement compte. Donc en fait c’est à vous de gérer votre malaise, nous ça va plutôt bien, on a pas besoin d’être secourues.

– Lolilol sur le reproche qu’il y a des meufs noires qui font des trucs spécifiques entre meufs noires alors qu’elles devraient le faire avec l’ensemble des racisées, venant des personnes qui reprochent aux meufs racisées de faire des trucs spécifiques entre meufs racisées. Résumé, « ne faîtes rien sans nous surtout si ça ne nous concerne pas parce que vous avez besoin de nous pour faire des choses à propos de vous ». Voilà, c’est tout.

– Ah, et sinon, on est plus de 40 racisées (pas que noires donc) à s’organiser un truc en non-mixité IRL, mais c’est normal si vous n’êtes pas au courant. Il y a plein d’autres choses encore. Des initiatives se discutent depuis des mois voire plus, une badass revue est en route, des médias s’improvisent, des présences dans l’espaces public se confirment, il y a une tuerie de documentaire en montage, des paroles émergent et s’ajoutent, il y a des rencontres etc. sans thunes, sans saviorisme, sans p/maternalisme, sans machine à blanchir/dépolitiser/assimiler/dégager/ignorer. OUAICH. Ça n’aboutira pas forcément pour correspondre à vos exigences de « réussite », à la validation d’un intérêt, mais en fait on s’en fout. Voilà quoi. Prises de conscience et empowerment qui nous servent partout, tout le temps, à tout les niveaux, avec ou sans label. Mais bon, c’est moins intéressant je suppose.

– Et en passant, vos fantasmes sur notre homogénéité en tant que groupe, on en discute même pas parce qu’on fait notre existence même en tant qu’individue et nos collaborations tout comme le constat qu’avec des viens différentes on se tape les mêmes merdes avec des parfums variables. Donc le sur « c’est tout hétéro, tout bourgeois, tout valide, tout capitaliste… » ça me fait PERSONNELLEMENT et particulièrement loller ma race quand enfin j’ai l’impression de pas faire la caution/quota. Eat me.

(- PS : des noires musulmanes, ça existe, il y en a qui sont pas au courant, donc juste au cas où, musulmane et noire ne sont pas de qualificatifs excluants. De rien. Il y en avait une d’ailleurs à la table ronde de la conférence. Je ne sais pas comment vous avez fait pour zapper sa parole, c’est très fort. Le cumul de mandats c’est possible. Je sais, c’est si dur à concevoir.)

– Ah, et oui on utilise beaucoup internet oui. So bad ! Ça fait partie des solutions à l’isolement que vous ne pouvez pas maîtriser. On utilise tous les canaux pour communiquer. Ça ne s’arrête pas à Paris, ça traverse même l’Atlantique dans les échanges, réflexions, soutiens. (J’en profite pour rappeler que je ne suis pas française.). On n’a pas trop besoin qu’on nous explique qu’internet permet de communiquer, on est déjà au courant. C’est cool.

– On parle de nous, des nôtres, pour les nôtres avec les nôtres. On plane pas en VIP là-haut, on est là pour se comprendre.

– On est capable d’analyser. Très concrètement. On n’est pas que vos objets d’analyse. Même qu’on peut aussi VOUS analyser. Et on ne sacralise pas le modèle de l’académie. On a une palette de possibilités de production.

– On ne va pas lutter pour des causes que vous nous inventez. On ne vas pas la fermer sur les invisibilisations de vécus et confiscations de parole que vous nous infligez.

– « Je soutiens mais… » taisez-vous. Et ne nous parlez pas de votre inquiétude à nous voir attraper la grosse tête quand vous mettez votre bien grosse tête dans notre soupe avant même qu’on ait posé la main sur la cuillère. Faîtes attention à vous-mêmes, nous on se gère très bien, et d’ailleurs ça ne vous regarde pas.

– Ne nous racontez pas que l’intersectionnalité est devenu un concept fourre-tout quand vous vous en déclaré haut et fort pour prendre place partout tout le temps tout en pratiquant sa dépolitisation la plus crade possible. Comme si on était pas au courant, on la voit, on la vie la dépolitisation, instrumentalisation, récupération… le marketing de l’intersectionnalité. On vous a vu faire le show. On s’est vu réclamer une petite place dans le public. Plus jamais. La dénonciation n’est pas neuve.

– Vous nous prenez notre énergie et notre temps avec vos injonctions alors qu’on à l’envie de travailler la transmission et déterrer nos prédécesseures qui sont dégagées de la bonne version de l’histoire. Même pas besoin de remonter très loin, là maintenant tout de suite vous effacez des meufs, avant leur mort, dans vos espaces et vos discours. Vous parlez d’intersectionnalité sans citer les femmes racisées d’ici, ni celles d’hier, ni celles d’aujourd’hui.

– Le « vous ne faîtes pas assez », on a compris depuis longtemps qu’il signifie « vous ne faîtes pas pour nous, le vrai enjeu ». Sorry. Et vous osez nous parler de « se bouger » ? Vous ne connaissez pas la honte.

– « On vous voit partout. » nan nan, faut remettre les choses dans l’ordre, Zemmour on le voit partout. Faut remettre les perspectives. Donc le problème c’est juste qu’on nous voit un peu en fait. J’espère que vous tiendrez le coup quand vous en verrez 20 d’un coup sur grand écran.

– Aucune d’entre nous ne prétend représenter tout le monde, contrairement à… vous. L’intérêt c’est qu’on se multiplie, qu’on communique, qu’on s’organise et collabore selon nos modalités, avec la visibilité qu’on souhaite. On n’est pas dans le « trop », on est dans le « plus ». Plus loin dans ce qui reste invisible. On fait en gang, chacune apporte son shit comme elle peut et veut. Faire tourner. Ce qu’on fait, même dans notre coin, s’inscrit dans une politique collective.

– Les tactiques de nous parler un·e à un·e de façon isolée pour nous diviser, bah ça marche pas en fait, on est plutôt ouvert·e·s entre nous sur le lol de la vie.

– OMG, je fatigue. Vous me faîtes perdre ma jeunesse.

***

Naaan mais parfois j’aimerais faire des trucs et penser tranquilou avec les potes et schhlaaak une petit coup de fouet de «  »bienveillance » ». J’étais partie pour dix lignes en mode peace et voilà. J’ai mal à la tête. J’ai pas relu.

Pardon.

»

Voilà. Et maintenant je vais poser une photo d’une gamine inexpérimentée qui a besoin d’être secourue :

Mood

 

 

Et la gamine elle est occupée comme l’explique ce monsieur, c’est un peu l’esprit, à transposer ici :

 

Pour les princes-chevaliers-sauveurs en armure blanche, je… non. Non.

Pour les autres qui voudraient qu’on ne parle que de race, ou qu’on ne parle pas en fait, bah… comment dire… non aussi. Vous nous avez perdu·e·s depuis tellement longtemps. Trop loin. Faîtes votre truc, parler que de race, c’est cool. Mais ne venez pas nous empêcher de parler de race, et de genre, et de sexualité, et de classe, et de handicap, et de veganisme, et de… Parce qu’en fait, on se représente nous-même. On a vite compris que vous ne seriez pas là pour sauver notre peau, mais pour nous faire attendre le grand soir comme font les autres. Et en attendant, on peut crever, c’est pour la cause.

Et voilà.

Ah non, ça aussi. (je suis trop busy pour vous écrire moi-même)

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Et cette remarque va plus loin que vous le pensez, elle va loin pour essayer de vous attendre tellement vous êtes loin. Parce que même les mises au point (et elles en ont fait quand même pas mal les meufs là), quand elles arrêtent d’être douces, que vous avez tuez notre patience et pédagogie, vous arrivez à les récupérer. Tout est bankable avec vous, no limit. Faut arrêter deux secondes et percuter ce qu’on essaie de vous dire. Juste une fois. On va devoir relancer l’émission « Perdu de vue » pour parcourir les pistes qui vous ont mené·e·s si loin.

Stop.

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